Lettres d’informations alarmistes sur la nutrition : pourquoi alimenter la peur ?

On m’a fait suivre récemment deux lettres d’infos sur la nutrition qui tenaient des propos particulièrement alarmistes.

• La première du Dr Smith sur la spiruline met en garde de manière amalgamée et bien peu documentée la capacité de cette algue à cumuler les toxiques comme le ferait la chlorella cultivée en eau polluée. Il se trouve que j’ai longuement travaillé sur les microalgues, et notamment sur la spiruline qui est très différente de la chlorella, et qui n’a à ma connaissance pas la capacité de concentrer les xénobiotiques. De même, sur la pollution éventuelle du lac Klamath, cela peut être vrai ou pas, mais il serait utile de vraiment vérifier l’info, et non se baser sur un site internet qui est lui aussi alarmiste, il y a déjà eu des fake-news sur cette question.

• La seconde est signée de Xavier Bazin (Santé Corps Esprit) : Arrêtez de manger du poisson (sérieusement),  qui reprend d’ailleurs les grandes lignes de celle de son cousin virtuel Jean-Marc Dupuis (Santé Nature innovation) qui date de plusieurs années et entre temps a changé de titre pour : Poisson ou poison ? C’est un vrai réquisitoire de tous les inconvénients que peuvent présenter les poissons, comme si les inconvénients de tous étaient cumulés dans chacun. Cette démarche oublie que beaucoup d’aliments contiennent des composants ou polluants à problèmes, et que la grande clef de la nutrition santé est que la diversité cumule les avantages et dilue les inconvénients. En fait, c’est comme si on rassemblait tous les inconvénients de la voiture et que l’on disait : Arrêter de prendre votre voiture. Et pourquoi pas les diverses pollutions de l’air et dire : arrêter de respirer !

Pourquoi employer un ton menaçant pour mettre en garde ?
C’est une manière de montrer que l’on est celui qui sait… et c’est aussi une bonne stratégie pour générer de l’émotion, ce qui capte l’attention et mémorise le message ainsi que son origine, une origine qui plus tard proposera avec enthousiasme cette fois (encore de l’émotion !) des solutions payantes !
Entre temps, il y a les dégâts des traces laissées sur certains lecteurs qui ont pris peur.
Dans le monde de la santé naturelle, on reproche facilement au pouvoir en place d’utiliser la peur pour faire passer des messages, notamment en ces temps de pandémie liée au Covid 19.
Ce sont les mêmes méthodes !
Et si ces messages étaient profondément honnêtes dans le souci d’alerter, alors il faudrait être honnête jusqu’au bout et diffuser des informations vérifiées et non exagérées par un désir d’impacter. Vouloir impacter l’autre par l’émotion est généralement davantage motivé par ce que l’on veut en obtenir que par le désir d’informer dans le respect de chacun.

Covid 19 et nutrition : peut-on tirer des conclusions ?

L’objet de nombreuses recherches concerne les facteurs de vulnérabilité au Covid 19, notamment pourquoi des personnes font des formes graves : orages de cytokines chez les adultes et peut-être syndrome de Kawasaki chez les enfants.
Les liens se font avec les facteurs classiques retenus par la médecine : obésité, âge, maladies chroniques, traitements médicamenteux.
Il n’y a pas malheureusement pas de recherche avec les facteurs de terrains. Il est peu probable que des corrélations soient recherchées avec le statut nutritionnel, et encore moins avec les critères pertinents de nutrition santé.
Les quelques éléments d’observation attirent l’attention sur le zinc (dont la déficience accrue par l’infection virale favorise la perte de goût et d’odorat), le microbiote (la pauvreté de la diversité est un facteur commun de l’âge et du surpoids), la vitamine D (et son lien désormais  bien connu avec l’immunité). On pourrait supposer aussi que le terrain inflammatoire (aggravé par le déficit en oméga 3 et la consommation élevée de produits sucrés) et oxydant (favorisé par un apport faible en nutriments antioxydants) jouent un rôle dans les complications.
En fait, il y a  beaucoup de raisons de penser qu’une nutrition santé soit un vrai facteur de protection. Sera-t-il possible de le vérifier ?

Des fruits de plus en plus sucrés

C’est un fait qui passe inaperçu et qui pourtant est bien réel : les fruits sont globalement de plus en sucrés. Les bananes sont ainsi devenues en 50 ans six fois plus sucrées. Cette progression est obtenue en croisant les végétaux et en sélectionnant ceux qui fabriquent davantage de sucres dans les feuilles afin que celui-ci puisse aller enrichir les fruits. L’objectif est de plaire davantage aux goût des consommateurs…
Une raison de plus d’être attentif à notre consommation de fruit, à leur choix (variété, qualité naturelle), maturité) et de trouver la qualité qui nous convient.
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Référence : Pourquoi les fruits sont-ils de plus en plus sucrés ? Ouest-France 23 avril 2020

La consommation de poisson a-t-elle un effet préventif sur les maladies chroniques ?

Il y a les études cliniques, les revues qui font la synthèse de plusieurs études, les méta-analyses qui font la même chose avec un calcul statistique, et les « umbrella reviews » (revues parapluie), des revues de revues, qui ont pour objectif d’être aussi synthétique que possible sur les données de la recherche sur un sujet précis.
Avec une umbrella review reprenant 34 méta-analyses sur le lien entre consommation de poissons et maladies chroniques, va-t-on être fixé sur le sujet ? Qui des bénéfices nutritionnels ou des inconvénients liés aux polluants va l’emporter ?
En fait, la revue conclut que la consommation d’environ 100 g de poissons par jour a un léger effet bénéfique sur la prévention de maladies.
En fait, une telle revue ne différencie pas la nature des poissons consommés, et il est évident que le choix de poissons gras peu pollués n’a pas le même impact que celui des poissons contaminés par les polluants et pauvres en lipides (donc moins intéressants pour l’apport d’oméga3).
De telles études en fait nous éclairent bien peu. Ce qui détermine la santé en nutrition n’est pas le choix des types d’aliments mais le respect des besoins en nutriments et de certains ratios entre eux, ainsi que la qualité des produits alimentaires. Quand cette qualité de produit est respectée, la meilleure garantie est la diversité qui cumule les avantages et dilue les inconvénients.
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Référence : Ahmad Jayedi & Sakineh Shab-Bidar : Fish Consumption and the Risk of Chronic Disease: An Umbrella Review of Meta-Analyses of Prospective Cohort Studies – Advances in Nutrition, mars 2020 – Accès au résumé