Booster son immunité : une expression bien maladroite

Booster veut dire amplifier pour augmenter la puissance, un terme qui s’applique particulièrement aux machines.
L’expression est elle vraiment appropriée pour prendre soin de son système immunitaire ?
« Booster son immunité » est une expression omniprésente dans les articles et les posts de santé naturelle. Avec à suivre une longue liste de conseils incluant des compléments alimentaires qui sont des produits ultra-transformés concentrés en vitamines pas forcément utiles et de plantes aux vertus incertaines dans ce domaine  et servies en comprimés ou gélules qui sont des formes bien peu actives !
L’immunité a beau être complexe dans son organisation moléculaire, elle est simple dans son fonctionnement. Elle affectionne une position stable dans un environnement qui répond aux besoins de l’organisme, et lui laisse l’espace de déployer son potentiel.
Alors pourquoi booster une fonction qui avant tout besoin d’être nourrie par ce dont elle besoin, et de s’exercer avec sa propre intelligence.
Ce qui permet à l‘immunité de déployer son meilleur potentiel est probablement une alimentation naturelle et diversifiée, consommée avec plaisir, une respiration oxygénante, ainsi que de l’activité physique, de la détente. Que des choses simples…
Elle semble également apprécier l’optimisme qui accepte les choses dont l’organisation nous échappe, pour mieux s’engager dans ce qui dépend vraiment de nous. Loin de la peur que les choses soient comme nous le craignons, et de l’anxiété qui est avant tout une intolérance à l’incertitude, alors que l’incertitude fait partie de la vie…

 

Un type de nutriment efficace contre l’hypertension… est-ce vraiment intéressant ?

Des chercheurs de l’université de Reading (Royaume uni) ont mené une étude de grande envergure sur 25600 sujets, qui a montré les effets favorables d’un import conséquents en polyphénols de la famille de flavonols, apportés notamment par les fruits, le thé vert, le chocolat (1).
Des résultats similaires sont obtenus en suivant le régime DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension) conçu pour les hypertendus, ou le régime méditerranéen qui est son inspirateur.
Une telle étude pourrait suggérer qu’il suffit d’apporter des flavonols pour obtenir les bénéfices, mais est-ce vraiment le cas ? Les personnes qui en consommaient davantage dans cette évaluation n’avaient-elles aucune autre différence alimentaire ?
Cette publication, comme beaucoup d’autres, nous amène à réfléchir sur l’intérêt des études alimentaires qui tendent à isoler un facteur parmi d’autres. Un article de l’association française pour l’information scientifique titrait : la plupart des recherches en nutrition sont biaisées voire fausses. Il y a en effet dans ce domaine tellement de facteurs de variation qu’il est impossible d’isoler les effets d’un facteur ponctuel, client ou nutriment. Cela fait certes de la matière à commenter sur les journaux, mais cela amène avant tout de la confusion.
On sait aujourd’hui qu’un changement alimentaire est bénéfique s’il améliore certains d’apports et ratios désormais bien connus. Plutôt que se focaliser sur un nutriment ou un aliment, il est bien plus avantageux de miser sur ces améliorations dans une diversité qui respecte le cadre de vie de chacun.
Pourquoi notamment mettre en avant les flavonols ou un régime DASH spécialement conçu pour l’hypertension alors que les bénéfices sont obtenus par le régime méditerranéen. Il serait bien plus utile de vérifier que le respect des ratios santé, quel que soit le régime et quels que soient les aliments consommés, est le facteur commun à tout ce qui provoque une amélioration. Cela laisserait à chacun davantage de liberté, donnerait un cadre pourvoyeur à son rythme, ce qui favoriserait probablement une meilleure adhésion.

Références :
1. Javier I. Ottaviani & al : Biomarker-estimated flavan-3-ol intake is associated with lower blood pressure in cross-sectional analysis in EPIC Norfolk – Scientific Reports volume 10, Article number: 17964 (2020)
2. Hervé Maisonneuve : La plupart des recherches en nutrition sont biaisées voire fausses – SPS n°326 Octobre / Décembre 2018

La composition des aliments : trop complexe pour être connue

La science matérialiste et réductionniste modélise la matière vivante et propose une connaissance approfondie de sa structure et de ses fonctions. Les modèles sont tellement perfectionnés que nous finissons par oublier que ce ne sont que des modèles, et ainsi nous les prenons pour vrai. Ils ne sont cependant pas la réalité, qui est trop complexe pour être modélisée par le mental humain et ses outils actuels.
L’un des domaines où nous sommes facilement pris au piège est la composition des aliments, que nous trouvons avec des chiffres généralement précis dans diverses tables. Prendre pour vrai des tableaux de composition serait oublier deux choses :
– Les aliments naturels ne sont pas homogènes comme des produits industriels, et selon les échantillons analysés, les résultats ne sont pas les mêmes. On comprend ainsi que pour un même aliment, les résultats diffèrent selon les sources. Une table comme Ciqual est la meilleure qualité que l’on peut trouver aujourd’hui, avec des fourchettes entre minima et maxima obtenues dans diverses études, l’indication des sources, et un indice de fiabilité de la moyenne annoncée.
– Les nutriments dont la teneur est annoncée ne sont qu’une partie de la composition. Dans l’idéal, il faudrait y ajouter toutes les structures connues et dosables, soit environ 150. Et cela ne serait pas encore au niveau de la réalité. Les évaluations actuelles estiment à plus de 26 000 ne nombre de structures différentes que l’on peut trouver dans les aliments !
Un article paru dans Nature food emploie le terme de manière noire de l’alimentation, prenant l’exemple de l’ail dans lequel 2 306 composés chimiques distincts sont à ce jour identifiés. Le rôle de cette matière noire dans les conséquences biologiques de l’alimentation est-il négligeable, comme cela nous arrange de le croire pour conforter la valeur de nos modèles ?
Les auteurs de l’article proposent d’établir, comme on le fait pour les génomes, des cartographies aussi complètes que possible des aliments (foodome). La technologie ne permet pas actuellement de lancer un tel programme. Elle pourra sans doute le proposer prochainement. Est-ce utile ?
Selon un principe majeur la nutrition santé : la diversité alimentaire répond à tous les besoins, cumule les avantages et dilue les inconvénients des divers aliments disponibles. Une telle démarche, vu les moyens demandés et la valeur relative des résultats qu’elle obtiendra semble donc bien peu pertinente.
Quand la science lâchera-t-elle son obsession de tout connaître pour tout contrôler ? Le monde vivant n’a pas attendu la connaissance humaine pour développer une organisation bien plus fonctionnelle que notre technologie high tech. L’observation, les acquis traditionnels, et ce que la science a développé jusqu’à ce jour ne sont-ils pas suffisants pour choisir une alimentation optimale ?

Ref : A. Barabási, G Menichetti & J.Loscalzo : The unmapped chemical complexity of our diet – Nat Food 2020, 1 : 33–37

La qualité de relation, clé de l’efficacité de l’accompagnement

Les articles relation thérapeutique clé de l’efficacité des soins, et la relation, pierre angulaire du soin, publiés en 2013, faisaient le constat, en tant que praticien, qu’il est plus avantageux de perfectionner sa qualité relationnelle que d’accumuler les connaissances et les outils thérapeutiques. Pour les problèmes chroniques nécessitant la participation de la personne pour aller vers une amélioration durable, les meilleures solutions techniques  auront un effet limité si elle sont proposées en l’absence d’une alliance thérapeutique solide, qui s’établit par la qualité relationnelle.
Il est difficile de le démontrer dans le domaine de la santé,, car cela n’est pas dans la culture des soignants, et n’est donc jamais évalué.
Dans le domaine de la psychothérapie, des nombreuses évaluations ont été faites, avec toute la rigueur de la recherche universitaire. Une méta-analyse portant sur 17 études incluant plus de 5000 participants dans 9 pays  est sans équivoque dans sa conclusion : il y a un lien fort entre la qualité de la relation et la régression des symptômes, indépendamment des techniques utilisées.
L’accompagnement en santé face aux pathologies chroniques est-il vraiment différent de celui de la psychothérapie ?
En nutrition, la question se pose encore moins car les aspects psychologiques ont une place importante. Et il est évident que le succès d’une accompagnement nutritionnel repose sur la qualité de la relation.

Référence : C. Fluckiger & al : The reciprocal relationship between alliance and early treatment symptoms: A two-stage individual participant data meta-analysis.
Consulting and Clinical Psychology, 88(9), 829–843 – Résumé en ligne

 

La vitamine D n’est pas le seul bénéfice du soleil !

Les liens maintes fois vérifiés entre des niveaux élevés de vitamine D dans le sang et une meilleure santé ont conduit à la croyance que le niveau de vitamine D était un facteur de santé. tout comme il y  quelques décennies, le lien entre cholestérolémie élevée et risque d’accident vasculaire avaient fait une cholestérol un facteur de risque majeur, hypothèse aujourd’hui largement invalidée.
Dans les deux cas, c’est le même piège de la pensée linéaire simpliste qui opère : une corrélation devient un lien de causalité avec le flèche dans le sens de la croyance.
Certaines données récentes vont dans le sens que comme pour le cholestérol, le niveau de vitamine D pourrait être un témoin, et pas seulement un facteur. Ce qui veut dire qu’une complémentation qui augmente le taux sanguin n’apportera pas les bénéfices d’un niveau naturellement élevé, tout comme une baisse du cholestérol sanguin sous traitement n’apporte pas les bénéfices d’un cholestérolémie naturellement basse.
Une publication suédoise vient d’apporter un élément nouveau à ce sujet. En évaluant minutieusement les effets de l’ensoleillement et du niveau de vitamine D sur le risque de sclérose en plaque,   il apparaît un effet protecteur net de l’ensoleillement indépendamment de la vitamine D, qui apporte aussi un bénéfice, mais plus modéré.
Une petite étude canadienne publiée en 2019 sur une vingtaine de femmes déficientes ou non en vitamine D, a monté qu’une exposition aux rayons UVB analogues à ceux du soleil, trois fois par semaine, conduisait en plus de l’augmentation du niveau sanguin de vitamine D à une augmentation de la diversité du microbiote, ce qui reconnu aujourd’hui comme un facteur de santé. Il serait intéressant, dans ce cas, de vérifier quelle est la part de la vitamine D dans ce changement, en comparant les effets d’une exposition au soleil à ceux d’une supplémentation en vitamine D.
Cela nous évoque qu’il est bien plus avantageux (et plus économique !) de s’exposer au soleil que de prendre des compléments de vitamine D, et ne pas s’alarmer d’un niveau de vitamine D sanguin sous-optimal (10-30 µg/l) si le temps passé au soleil est déjà important et si l’alimentation inclut les sources habituelles : poissons, oeufs, éventuellement produits laitiers.

Références :
AK Hedström & al : Low sun exposure increases multiple sclerosis risk both directly and indirectly – Journal of Neurology (2020) 267:1045–1052
ES Bosman & al : Skin Exposure to Narrow Band Ultraviolet (UVB) Light Modulates the Human Intestinal Microbiome – Front. Microbiol., octobre 2019

 

Certains édulcorants en cause dans l’aggravation de la perméabilité intestinale…

L’étude publiée dans Nutrient relate une expérience effectuée en laboratoire sur culture cellulaire et sur animal (souris) avec une conclusion claire : trois édulcorants de synthèse sucralose, aspartame et saccharine, à des degrés divers, ont un effet physiologique sur les entérocytes, consécutif à l’action sur les récepteur de goût sucré T1R3. Cela se traduit à faible dose par une accroissement de la perméabilité, à forte dose par la mort par apoptose de certaines cellules épithéliales.
Au-delà d’une confirmation du caractère néfaste des édulcorants de synthèse, qui ont déjà un dossier assez chargé, la publication invite à quelques réflexions dans une vision plus large :
– La perméabilité est posée dans cet article de recherche crédible, comme dans d’autres, comme un phénomène bien réel ayant des conséquences physiopathologiques, alors qu’en médecine, il n’est pas à ce jour considéré comme un facteur de risque à prendre en compte en prévention.
– Après le dioxyde de titane et peut-être d’autres produits à venir, il semble que l’impact des xénobiotiques utilisés comme additif alimentaire sur la muqueuse intestinale contribue, avec de multiples autres facteurs, à accroitre cette perméabilité dont on découvrira peut-être, un jour, quelle est un facteur majeur d’une dégradation de santé qui fait glisser vers les maladies chroniques. Et nous n’avons pas besoin d’attendre d’avoir la liste complète des coupables identifiés pour intégrer que ces additifs que l’on ne trouve que dans les produits ultratransformés sont non seulement inutiles, ils sont aussi potentiellement néfastes.
– La mise en cause des édulcorants de synthèse n’est pas une caution aux édulcorants naturels (stévia, xylitol..) , qui certes n’ont pas de toxicité (ou du moins pas comparable), mais qui restent des perturbateurs de messagerie biologique, avec des conséquences que l’on peut difficilement mesurer.
– Est-il préférable de consommer du sucre ou des édulcorants ? La question conduit à des avis divers. Tout dépend de l’objectif recherché. Pour quelqu’un qui veut sortir de la dépendance sucrée de manière durable et respectueuse des mécanismes naturels, l’utilisation des faux signaux avec les édulcorants, qu’ils soient synthétiques ou naturels, est une entreprise risquée.

Source : Aparna Shil & al :  Artificial Sweeteners Disrupt Tight Junctions and Barrier Function in the Intestinal Epithelium through Activation of the Sweet Taste Receptor, T1R3 – Nutrients juin 2020, 12(6) : 1862