Des aliments fermentés plutôt que des probiotiques en prévention

L’importance du microbiote intestinal dans la santé générale est aujourd’hui largement reconnue. Penser probiotiques pour l’améliorer est un réflexe très allopathique qui arrange bien tout le business existant autour de ces produits. Cependant, comme toute solution allopathique, ils ne sont intéressants que ponctuellement, sur des indications ciblées (1).
En prévention, ou en soutien de la fonction digestive lors d’une maladie chronique ou d’une cure de régénération intestinale, il est plus intéressant et bien plus économique d’apporter des ferments par des produits alimentaires qui en contiennent : kéfir (de lait ou de fruit), kombucha, légumes lactofermentés. L’intérêt de ces produits est qu’ils apportent un grand nombre de micro-organismes différents, qu’ils peuvent être consommés régulièrement comme des aliments et que certains peuvent être préparés artisanalement pour un coût dérisoire (2,3). Une alimentation globalement riches en fibres reste une base incontournable.
Leur bénéfice, supposé par le bon sens et l’expérience, commence à s’étayer par des publications.
Quelques exemples :
– Une alimentation favorable au microbiote intestinal modulent le statut immunitaire humain (4)
– Des chercheurs de Stanford ont montré que consommer des aliments fermentés tels que le kimchi, le kéfir, le kombucha… augmente la diversité des microbes intestinaux, qui est associée à une meilleure santé (5).
– Le kéfir a une action similaire aux probiotiques (6)

Références :
1. Microbiote intestinal : comment simplifier la complexité par l’essentiel
2.Préparation des légumes facto-fermentés
3. Préparation du kéfir de fruits
4. Hannah C Wastyk & al : Gut-microbiota-targeted diets modulate human immune status – Cell . Août 2021, 184 (16) :4137-4153
5. Stanford Medicine News 2021 07 Fermented foods reduce inflammatory markers
6. Susy Érika de Lima Barros et al. Potential beneficial effects of kefir and its postbiotic, kefiran, on child food allergyFood Funct. 2021, Advance Article

Akkermansia muciniphila (AM) : quel destin pour la star du microbiote ?

Cela fait quelque temps que les propriétés de cette bactérie quand elle est abondante les intestins font rêver (1) :
– Modulation de la perméabilité intestinale,
– Diminution de l’inflammation au niveau du tube digestif,
– Amélioration du métabolisme glucidique et lipidique.
La quantité dans les microbiotes varie d’un facteur 1 à 1000.
Un niveau faible est plus fréquemment retrouvé chez les personnes souffrant d’obésité, de diabète, de syndrome métabolique, de pathologies inflammatoires intestinales ou hépatiques, de psoriasis…
Un niveau élevé a été observé chez les centenaires en bonne santé.
C’est comme si on avait trouvé la panacée qui oriente résolument vers la santé optimale.

Depuis 2018, des tests PCR permettent  la détermination la présence d’AM, en nombre de génome par gramme de selles (2). Ils ne figurent cependant pas actuellement au catalogue des laboratoires analysants le microbiote.
En 2021, L’EFSA, l’agence européenne de sécurité alimentaire, a donné un avis positif comme complément alimentaire (3).

La prochaine étape est la commercialisation d’un probiotique. Elle se fait attendre de façon surprenante vu que les bénéfices de cette bactérie sont connus depuis plusieurs années. Problème technique ? Stratégie commerciale pour une poule aux œufs d’or qu’il faut préserver ?
L’avenir nous dira comment se produit arrivera sur le marché, quels effets immédiats il pourra donner, et quel bénéfice à long terme pourront être validés.

Le raisonnement qui part d’une corrélation entre un paramètre (abondance d’AM dans le microbiote) et des bénéfices santé sur la base d’analyse génomique dans les selles pour conduire à une supplémentation par un probiotique oublie que la complexité du vivant ne suit pas toujours la logique linéaire de la médecine technologique :
– Les analyses de microbiote dans les selles sont à relativiser : les bactéries éliminées ne reflètent pas forcément celles qui sont actives au niveau de l’intestin (4)
– La corrélation entre AM et santé ne veut pas dire relation de cause à effet. Le développement de la bactérie pourrait aussi être la conséquence d’un terrain biologique favorable qui précède son apparition.
– Une bactérie apportée par un probiotique ne réensemence pas un microbiote. Si elle apport un bénéfice, pour maintenir ce bénéfice, il faut la prendre en continu.

En fait, il s’établit un équilibre entre la physiologie globale d’un organisme, ses échanges avec l’environnement et son microbiote intestinal, dans les limites du développement de celui-ci pendant l’enfance. Prendre un probiotique entre dans les échanges environnementaux. Quand la prise s’arrête, on retrouve généralement la situation d’avant la prise. La clef de la santé par le microbiote est un mode de vie qui favorise la diversité de celui-ci, bien avant la prise de probiotique qui n’est pas une démarche durable.

Références :
1. H. Plovier & P.D. Cani : Akkermansia muciniphila, une bactérie pour lutter contre le syndrome métabolique. Optimisation des effets bénéfiques et évaluation de la sûreté chez l’homme – Med Sci (Paris). 33(4): 373–375.
2. Recherche d’Akkermansia dans les selles 
3. Akkermansia muciniphila : un avis positif de l’EFSA en tant que novel food
4. Biologie Médicale intégrative

Certains édulcorants en cause dans l’aggravation de la perméabilité intestinale…

L’étude publiée dans Nutrient relate une expérience effectuée en laboratoire sur culture cellulaire et sur animal (souris) avec une conclusion claire : trois édulcorants de synthèse sucralose, aspartame et saccharine, à des degrés divers, ont un effet physiologique sur les entérocytes, consécutif à l’action sur les récepteur de goût sucré T1R3. Cela se traduit à faible dose par une accroissement de la perméabilité, à forte dose par la mort par apoptose de certaines cellules épithéliales.
Au-delà d’une confirmation du caractère néfaste des édulcorants de synthèse, qui ont déjà un dossier assez chargé, la publication invite à quelques réflexions dans une vision plus large :
– La perméabilité est posée dans cet article de recherche crédible, comme dans d’autres, comme un phénomène bien réel ayant des conséquences physiopathologiques, alors qu’en médecine, il n’est pas à ce jour considéré comme un facteur de risque à prendre en compte en prévention.
– Après le dioxyde de titane et peut-être d’autres produits à venir, il semble que l’impact des xénobiotiques utilisés comme additif alimentaire sur la muqueuse intestinale contribue, avec de multiples autres facteurs, à accroitre cette perméabilité dont on découvrira peut-être, un jour, quelle est un facteur majeur d’une dégradation de santé qui fait glisser vers les maladies chroniques. Et nous n’avons pas besoin d’attendre d’avoir la liste complète des coupables identifiés pour intégrer que ces additifs que l’on ne trouve que dans les produits ultratransformés sont non seulement inutiles, ils sont aussi potentiellement néfastes.
– La mise en cause des édulcorants de synthèse n’est pas une caution aux édulcorants naturels (stévia, xylitol..) , qui certes n’ont pas de toxicité (ou du moins pas comparable), mais qui restent des perturbateurs de messagerie biologique, avec des conséquences que l’on peut difficilement mesurer.
– Est-il préférable de consommer du sucre ou des édulcorants ? La question conduit à des avis divers. Tout dépend de l’objectif recherché. Pour quelqu’un qui veut sortir de la dépendance sucrée de manière durable et respectueuse des mécanismes naturels, l’utilisation des faux signaux avec les édulcorants, qu’ils soient synthétiques ou naturels, est une entreprise risquée.

Source : Aparna Shil & al :  Artificial Sweeteners Disrupt Tight Junctions and Barrier Function in the Intestinal Epithelium through Activation of the Sweet Taste Receptor, T1R3 – Nutrients juin 2020, 12(6) : 1862