Quelle alimentation pour vivre plus longtemps ?

Cette question fait l’objet de nombreuses réponses, fondées sur des observations et études évaluant certains aspects nutritionnels de la longévité.
De manière plus synthétique mais spéculative, on admet que la nutrition santé, avec ses critères plus ou moins consensuels, augmente la durée de vie moyenne et améliore la qualité du vieillissement.
L’étude mise en avant dans n°904 de Sciences & Avenir (juin 2022) apporte une pierre solide à l’édifice, du fait de son ampleur et sa méthodologie innovante : les chercheurs ont rassemblé et comparé les résultats de dizaines d’études antérieures relatives à l’alimentation et à la longévité dans des populations des États-Unis, de Chine et d’Europe, dont la célèbre étude Global Burden of Disease Study ou GBD (2019).

Les recommandations pourraient se résumer ainsi : davantage de poissons, végétaux non transformés : graines entières, légumes, fruits, fruits à coque, moins de produits laitiers et plus de viande rouge ou viandes transformées
La comparaison fait par la revue Science & Avenir par rapport au PNNS français montre l’éviction de viandes rouges et transformées :
– Des niveaux légèrement plus bas de produits laitiers (- 20 %),
– Des niveaux équivalents en œufs, fruits à coques, viandes blanches,
– Des niveaux nettement plus élevés de légumes (x 1,3), fruits (x 2), céréales (x 2,75) et surtout légumineuses (x 7) et poissons (x 7).

Les calculs effectués, en comparant à une alimentation moyenne occidentale, donnent les prévisions de bénéfices suivants en espérance de vie :
– Changement à 20 ans : gain de plus de 10 ans
– Changement à 60 ans : gains d’environ 8 ans
– Changement à 80 ans : gain de 3,5 ans

Ce travail de grande ampleur confirme globalement les orientations habituellement préconisées en nutrition santé, avec des nuances qui peuvent être apportées permettant une adaptation individuelle au terrain et aux choix éthiques. Il apporte en pus une précision majeure : un changement est d’autant plus favorable qu’il est précoce, c’est évident, et il reste cependant fortement bénéfique s’il est plus tardif, notamment après 60 ans (et même 80 ans !)

Références :
1. L’étude GBD est la collaboration de plus de 3 600 chercheurs de 145 pays, a fourni une immense base de données à partir de laquelle diverses analyses sont possibles. Elle a fait l’objet de multiples publications
2. L.T. Fadnes & al : Estimating impact of food choices on life expectancy – A modeling stud PLOS Medicine 25 mars 2022

De la viande deux fois par jour pour ne pas manquer de fer, la préconisation irresponsable d’un médecin en position d’expert !

Le suivi de la prise de poids et de quelques marqueurs biologiques de 8 900 enfants âgés au départ de 6 mois à 8 ans, dont environ 250 végétariens ont conduit à une publication (1) qui conclut : « Aucune preuve de différences cliniquement significatives dans la croissance ou les mesures biochimiques de la nutrition chez les enfants ayant un régime végétarien n’a été trouvée. Toutefois, le régime végétarien était associé à une probabilité plus élevée d’insuffisance pondérale ».
Les valeurs de ferritine sont en moyenne 3 % plus basses chez les enfants végétariens, c’est-à-dire sans différence significative.

Suite à la publication de cette étude, la radio France Culture a invité Patrick Tounian (chef du service de nutrition pédiatrique de l’hôpital Trousseau) pour parler du végétarisme chez les enfants (2).
Alors que l’étude qui était le point de départ montre qu’il n’y a aucun problème, l’intervenant qui visiblement ne l’a pas vraiment lue a déroulé un plaidoyer pour la consommation de viande 2 fois par jour afin d’éviter les carences en fer que le médecin prétend avoir observé par milliers. Et que les légumes, du moment qu’il y en a un peu de temps en temps, c’est secondaire ! Hallucinant !
On ne cesse de dire que les points de vue non étayés ne sont pas de la science et que seulement les études contrôlées sont une source fiable de connaissance. Et là, on permet à quelqu’un qui a la crédibilité du spécialiste de faire passer un point de vue personnel et non ce qu’une démarche scientifique vient de révéler. Et pour inciter à un comportement alimentaire qui est écologiquement irresponsable et reconnu néfaste par la majorité de la communauté scientifique.
La déficience en fer existe réellement chez de nombreuses personnes et on peut l’objectiver par un dosage de ferritine. Le fer végétal a certes un niveau d’assimilation faible, mais celui-ci s’ajuste en cas de déficience pour éviter qu’elle s’installe. Il faut pour cela une muqueuse intestinale fonctionnelle et c’est sans doute là que se situe le problème. Le mode de vie moderne avec une alimentation qui abuse des produits ultratransformés et manque de végétaux favorise la détérioration de cette muqueuse. Favoriser la santé digestive semble donc la priorité.
La viande rouge avec son fer héminique et les compléments qui contiennent tous du fer ferreux apporte du fer sous la forme Fe2+, prooxydante, agressive pour l’organisme et dont l’excès est reconnu néfaste pour la santé à long terme. Le fer végétal est certains plus difficile à assimiler mais totalement sécure et suffisant si le tube digestif est fonctionnel.
Les recommandations actuelles pour la viande rouge sont entre 0 et 2 fois par semaine.
Manger de la viande deux fois par jour est une aberration écologique, et contraire aux grands principes de nutrition santé. Un spécialiste de la nutrition infantile peut-il ignorer cela ?
À moins qu’il y ait derrière cela quelques conflits d’intérêts, vis-à-vis desquels la position de Patrick Tounian mériterait d’être éclaircie (3)

Références :
1. Laura J. Elliott & al : Vegetarian Diet, Growth, and Nutrition in Early Childhood: A Longitudinal Cohort Study – Pediatrics 2/05/2022
2.Résumé et podcast de l’intervention de Patrick Tounian sur France Culture
3. Patrick Tounian est-il indépendant dans ses propos sur la nutrition infantile ?

Ne pas tolérer le pain ou les pâtes ne se résume pas à la présence de gluten

L’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture l’alimentation et l’environnement) et le Biocivam 11 (association des producteurs bio de l’Aude) ont lancé un programme ambitieux pour rechercher les facteurs autres que le gluten lui-même dans les intolérances non cœliaques. Il s’agit d’évaluer le niveau de tolérance en fonction de tous les facteurs qui différencient les modes de préparation du pain et des pâtes. Pour cela, ils utilisent un test d’extraction des protéines insolubles du blé (gluten) qui a été corrélé à la digestibilité.
La première étape de la recherche a hiérarchisé les facteurs qui améliorent la digestibilité.
Pour le PAIN :
1. Utilisation du levain plutôt que la levure (Saccharomyces cerevisiae)
2. Une fermentation longue
3. Une cuisson au four à bois
4. Les variétés de blé utilisées et la mouture ont montré des différences plus faibles
Pour les PÂTES ALIMENTAIRES
1. La variété de blé (variétés non inscrites au catalogue/variétés conventionnelle)
2. Le type de moulin (meules > cylindre)
3. La température de séchage (température ambiante > haute température)

Cette recherche confirme les facteurs déjà supposés : il est préférable d’avoir recours aux variétés anciennes de blé, de moudre avec des meules, et d’utiliser les moyens de fermentation et préparation traditionnels, plus lents et avec des t° plus basses.
Le fait marquant pour le pain est que le mode de préparation artisanal au levain est un facteur majeur, qui semble compter davantage que la variété de blé. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle car il est plus facile de trouver du pain préparé artisanalement au levain que du pain au blé ancien. Allier les deux, c’est mieux, mais être pragmatique, c’est faire avec ce qui est là.

Référence
Communiqué INRAE 

Aliments ultra-transformés : leur inadéquation se précise

Il est de plus en plus clair, en nutrition santé, que la consommation de produits ultra-transformés est le problème majeur, alors que celles de produits vrais, variés et à dominance végétale est la première orientation qui supplante toutes les autres (1).

Les études d’observation et d’intervention qui confirment l’effet global sur la santé des produits vrais se multiplient. Les mécanismes qui expliquent cela sont nombreux et se précisent au fil d’expérimentations ciblant un aspect particulier, précisant des relations de cause à effet.
– Une étude sur 20 adultes a évalué la consommation alternée pendant 14 jours de deux modes alimentaires intégrant soit des produits ultra-transformés (UT), soit des aliments non transformés (nUT). Dans les deux cas, les compositions nutritionnelles étaient les mêmes, il y avait trois repas et des collations, et aucune limite de quantité. Les résultats sont très significatifs : le régime à base de produits UT conduit à consommer 500 kcal de plus par jour et une prise de poids d’environ 1 g en moyenne. Un facteur marquant est la rapidité de consommation, deux fois plus rapide si les aliments sont UT. Or, on sait que le rassasiement, lié à la vitesse d’ingestion, arrive après une quantité plus importante si le rythme est rapide.
– Une recherche sur 13 femmes a évalué l’assimilation des acides gras oméga-3, EPA et DHA sur trois produits à base saumon : poisson intact, haché et une huile ajoutée à du poisson dégraissé, avec des compositions identiques en lipides dans les trois produits (3). L’assimilation était la meilleure pour le poisson intact et la moins bonne dans le mélange poisson dégraissé associé à de l’huile. Les facteurs de variation constatés sont le niveau de digestion des graisses et la vitesse de vidange gastrique.

Ces deux recherchent confirment que les produits UT sont moins bien adaptés que les produits vrais au système digestif et à la régulation de l’appétit, diminuant ainsi la capacité de ces produits à permettre une autorégulation des apports en fonction des besoins.

Références :
1. Anthony Fardet – Halte aux produits ultra-transformés ! Mangeons vrai. Thierry Souccar Éditions, 2017.
2. KD Hall & al : Ultra-Processed Diets Cause Excess Calorie Intake and Weight Gain: An Inpatient Randomized Controlled Trial of Ad Libitum Food Intake. Cell Metab. 2019, 30(1) : 67-77
3. N. A. Nasef & al : Salmon food matrix influences digestion and bioavailability of long-chain omega-3 polyunsaturated fatty acids. Food Funct. juin 2021

Nitrates, nitrites : utiles ou néfastes ?

Les nitrites ont plutôt mauvaise réputation et sont désormais montrés du doigt dans les charcuteries.
Non toxiques par eux-mêmes, ils sont utiles au bon fonctionnement physiologique, et ne deviennent néfastes que s’ils sont transformés en nitrosamines.
Comment éviter le risque sans priver l’organisme d’un apport qui lui est bénéfique ?

Quelques notions de métabolisme sont nécessaires pour comprendre la complexité de cet ensemble.
• Les nitrates peuvent être réduits en nitrites dans la bouche, au contact de la flore buccale, c’est pourquoi la salive en contient. Dans l’organisme, les nitrites sont des précurseurs de l’oxyde nitrique, un médiateur physiologique utile.
• Les nitrosamines, dont le N-nitrosodiméthylamine (NDMA), se forment partir des nitrites, soit in vivo, sous l’effet de l’acidité de l’estomac quand la protection antioxydante de l’organisme est insuffisante, soit in vitro, on parle dans ce cas de nitrosamines préformés. Les sources de nitrosamines préformées sont non alimentaires : fumée de tabac, pollutions industrielles et alimentaires. Les alimentaires qui en contiennent sont des produits riches en nitrates, ou additionnés de nitrites qui subissent une transformation : fumage, séchage, saumure (viandes, poissons). Les viandes rouges qui contiennent de l’hème favorisent la transformation de nitrites en nitrosamines. On en trouve aussi en très faible quantité dans la bière et le whisky, du fait de leur processus de préparation.

La physiopathologie liée à ces dérivés se résume en quelques points :
• Les enfants de moins de 1 ans ont une sensibilité particulière aux nitrites, capables de transformer l’hémoglobine en méthémoglobine, avec une réduction de la capacité de transport de l’oxygène (maladie du bébé bleu). Tous les aliments riches en nitrites et nitrates sont donc à éviter avant 1an.
• L’oxyde nitrique a un effet vasodilatateur qui favorise l’oxygénation de certains organes, dont le cœur et le cerveau. Il améliore l’efficacité des mitochondries, avec un effet remarquable sur le rendement énergétique de la cellule et sa cytoprotection, ce qui accroît les performances de l’organisme (1).
• Les nitrosamines sont des cancérogènes avérés pour les diverses espèces animales sur lesquels ils ont été testés, avec un risque fort probable chez les humains (2).
• Plus anecdotique, le lien entre consommation de nitrates et nitrites a été évalué pour le risque de cancer de la thyroïde. La seule corrélation positive concerne les nitrates (et non les nitrites) et seulement pour la population masculine (3) . Il s’agit d’une simple corrélation, non confirmée. Doit-on pour autant limiter la consommation de légumes riches en nitrates chez les hommes ?

Finalement les choses sont assez claires.
• Les nitrosamines préformées sont potentiellement toxiques alors que les nitrites sont favorables dès lors qu’ils n’ont pas la possibilité d’être transformés en nitrosamines. Pour cela, il est préférable qu’ils soient apportés sous formes de précurseurs par les nitrates par les végétaux, avec une bonne protection antioxydante qui est également favorisée par l’alimentation végétale.
• Concrètement, les légumes qui concentrent les nitrates sont donc bénéfiques : radis, betterave, épinard, laitue, blette, mâche, céleri, navet, carotte, petit pois, haricot vert. Le fait qu’ils soient biologiques ou non ne change rien, les nitrates, même non ajoutés en engrais, sont présents dans le sol et ces légumes les concentrent par nature.
• Les viandes et poissons additionnés de nitrites et transformés (séchés, fumés) sont les aliments les plus à risque, et donc à éviter. Et leur chauffage à haute température est à proscrire.

Un rapport de l’EFSA définissant les doses journalières admissibles de nitrates et nitrites se veut rassurant, en dehors de consommations abusives de viandes transformées, et en étant plus prudents chez les enfants [4].
Finalement, le jambon rose de l’industrie agroalimentaire actuellement décrié est un produit peu recommandable du fait sa nature ultra-transformée, mais ses nitrites ne présentent pas de danger particulier.  L’appellation sans nitrites mise en avant n’est donc, pas par elle-même, une garantie suffisante de qualité.

Références :
1. Nitrates nitrites et mitochondries
2.Nitrosamines : exposition humaine et cancers
3. B.A. Kilfoy & al : Dietary nitrate and nitrite and the risk of thyroid cancer in the NIH-AARP Diet and Health Study. International Journal of Cancer, july 2011.
4. Nitrates et nitrites – Rapport EFSA

 

Assimilation des nutriments selon le niveau de transformation des aliments

Le bilan défavorable des produits ultra-transformés est aujourd’hui bien documenté, par diverses études montrant les effets néfastes de leur consommation.
Parmi les facteurs en cause, la perte de la matrice naturelle mise en avant par Anthony Fardet (1) joue probablement un rôle important, associé aux propriétés non physiologiques des additifs de synthèse.
L’effet matrice se comprend aisément en biologie évolutive : nos organismes sont adaptés à recevoir des nutriments dans une structure vivante et ils ont développé des mécanismes pour les assimiler de manière optimale dans ces conditions. Lorsqu’ils arrivent dans des conditions artificielles, les processus physiologiques sont moins performants ce qui peut se traduire par une assimilation différente et une perturbation de l’état du tube digestif.
Une recherche effectuée sur trois produits à base saumon (poisson intact, haché et huile avec des compositions identiques en lipides) a évalué l’assimilation des acides gras oméga-3, EPA et DHA. Il a été montré que l’assimilation était significativement plus élevée pour le poisson intact, et que le processus digestif (pH vitesse de vidange gastrique) était différent, ce qui est une explication satisfaisante selon les auteurs (2).
L’assimilation plus faible est cependant réelle pour les produits transformés, rappelant que la règle du tout ou rien ne s’applique pas en ce domaine. On peut se nourrir avec des aliments transformés, mais moins bien. Et lorsqu’il s’agit d’une consommation régulière, les effets cumulatifs peuvent avoir des conséquences notables.
Cela montre également que la prise de compléments alimentaire est plus avantageuse au cours d’un repas qui apporte habituellement le type de nutriments complémentés. Ceux-ci se retrouvent alors dans un environnement plus proche de l’optimal naturel dont ils sont eux-mêmes très éloignés.

Références :
1. Anthony Fardet : Halte aux aliments ultratransformés ! Mangeons vrais – Thierry Souccar Éditions 2017
2. N. A. Nasef & al : Salmon food matrix influences digestion and bioavailability of long-chain omega-3 polyunsaturated fatty acids – Food Funct. juin 2021

5 fruits et légumes par jour ou davantage ?

Le chiffre de cinq portions de fruits et légumes, dont 3 ou 4 de légumes, fait aujourd’hui consensus auprès des autorités sanitaires pour obtenir un effet bénéfique notable sur la santé.
Une étude de 2014 indiquait un bénéfice supérieur pour 7 portions (1).
Une méta-analyse parue récemment a regroupé près de 1 900 000 participants sur une durée qui a conduit à 145 000 décès, avec des données sur la consommation alimentaire régulière.
L’objectif était d’évaluer la relation dose/effet du nombre de portions quotidiennes de fruits et légumes.
Il est apparu clairement que le bénéfice obtenu avec 5 portions n’augmente pas au-delà de ces 5 portions. Il ne diminue pas non plus.

Faut-il pour cela se restreindre à 5 portions par jour ?
Non, parce qu’il serait stupide de se priver de quelque chose qui ne fait aucun mal et a peut-être d’autres avantages que la réduction de mortalité. Il serait également stupide de compter précisément ses fruits et légumes.
La recommandation pourrait être autant de légumes que possible, au moins un fruit ou davantage s’ils sont bien tolérés, et un repère de 5 portions en moyenne par jour comme objectif minimal.

Références :
1. O. Oyebode & al : Fruit and vegetable consumption and all-cause, cancer and CVD mortality: analysis of Health Survey for England data, J. Epidemiol Community Health, 2014, 68(9) : 856-62.
2. Wang DD et coll. : Fruit and Vegetable Intake and Mortality: Results From 2 Prospective Cohort Studies of US Men and Women and a Meta-Analysis of 26 Cohort Studies. Circulation. 2021 : 27; 143(17):1642-1654

Les polyphénols, des antioxydants pas comme les autres

Des chercheurs italiens ont évalué l’influence de la consommation en polyphénols sur le vieillissement (écart entre âge biologique et âge chronologique ainsi que sur le risque vasculaire. Ils ont pour cela exploité les données de la cohorte Moli-sani (1) en évaluant à la fois le niveau d’apport antioxydant et celui plus spécifiques des diverses classes de polyphénols (2). Ils ont comparé leurs résultats à ceux d’étude précédente pour tirer quelques conclusions.
Leur conclusion est que qu’un effet ralentisseur du vieillissement biologique est corrélé au niveau d’apport global en polyphénols global, pas à une classe en particulier. Il n’y a en revanche pas de corrélation avec le niveau global d’antioxydants. Les polyphénols sont également associés à une diminution du risque vasculaire.
Des analyses d’une autre grande cohorte (Predimed) n’avaient pu établir aucun lien entre la capacité antioxydante totale et l mortalité.
Cela montre le rôle particulier des polyphénols parmi les antioxydants, qui n’ont pas seulement une fonction antiradicalaire. Ils agissent également comme réducteurs de l’inflammation et modulateurs du microbiote intestinal.

Références :
1. Le projet Moli-sani est un suivi rigoureux depuis 2005 de plus de 25 000 participants à partir de leurs 35 ans est une source importante de donnée qui alimentent diverses études sur l’influence des facteurs nutritionnels sur la santé (www.moli-sani.org)
2. Esposito & al : Dietary Polyphenol Intake Is Associated with Biological Aging, a Novel Predictor of Cardiovascular Disease: Cross-Sectional Findings from the Moli-Sani Study – Nutrients 2021, 13, 1701
3. Henríquez-Sánchez et al. : Dietary total antioxidant capacity and mortality in the PREDIMED study. Eur. J. Nutr. 2015, 55, 227–236.

Oméga 3 : une étude confuse qui noie le poisson !

Le ratio oméga6/oméga3 est un facteur majeur de nutrition santé, validé par de multiples observations et expérimentations qui constate deux choses :
– Dans l’alimentation moderne, qui a privilégié les oméga 6 et oublié les oméga 3, ce ratio est généralement très élevé, alors qu’il a été de l’ordre 1 pendant la longue période de construction de patrimoine génétique avec une alimentation sauvage.
– Le fait d’accroître les apports d’oméga 3 s’accompagne de bénéfices importants pour la santé.

Il y a désormais consensus à ce sujet. Et pourtant les expérimentations continuent et de nouvelles publications sur le sujet arrivent régulièrement, confirmant le rôle protecteur et parfois en mettant des doutes qui embrouillent.
Revenons sur l’une dans d’entre elles qui s’est intéressée aux Esquimaux, dont la faible incidence d’accidents vasculaires est bien connue. Un dosage d’EPA et DHA gras dans les membranes de globules rouges, considéré comme une moyenne des apports alimentaires d’une soixantaine de jours, a été corrélé aux accidents survenus. Conclusion : le niveau d’EPA et DHA n’est pas un facteur protecteur majeur, ce qui remet en doute le rôle bénéfique d’une forte consommation de poissons dans la protection des Inuits.

Est-ce que cela remet en cause l’intérêt de diminuer le ratio oméga6/oméga3 en nutrition santé ?
Il faudrait avant cela discuter trois points :
– Divers facteurs peuvent converger dans la protection des Esquimaux. Le fait d’en isoler un seul, les oméga 3, et de ne pas observer de différence en fonction de ses variations ne signifie pas que ce facteur est inactif et encore moins inutile pour d’autres populations.
– Ce n’est pas la teneur en oméga 3 qui est le déterminant majeur de santé, c’est le ratio oméga6/oméga3, non pris en compte dans cette étude.
– Le profil des acide gras membranaires n’a jamais été validé comme un reflet linéaire des apports alimentaires, ni comme facteur prédictif d’évènements pathologiques. Les acides gras incorporés dans la membrane des GR par un organisme vivant peuvent répondre à un programme spécifique sélectif en fonction de diverses variables, et ne sont pas un phénomène passif en fonction des taux présents dans le sang (2).

Il n’y a donc aucune raison de remettre en cause les acquis solides qui nous invitent à optimiser le ratio oméga6/oméga3 dans les apports alimentaires (< 4).

Références :
1. NK Senftleber & al : Omega-3 fatty acids and risk of cardiovascular disease in Inuit: First prospective cohort study. Atherosclerosis 2020 ; 321 : 28-34
2. Le profil d’acide gras membranaires et ses limites sont détaillés dans le livre Biologie Médicale Intégrative, page 249.

La composition des aliments : trop complexe pour être connue

La science matérialiste et réductionniste modélise la matière vivante et propose une connaissance approfondie de sa structure et de ses fonctions. Les modèles sont tellement perfectionnés que nous finissons par oublier que ce ne sont que des modèles, et ainsi nous les prenons pour vrai. Ils ne sont cependant pas la réalité, qui est trop complexe pour être modélisée par le mental humain et ses outils actuels.
L’un des domaines où nous sommes facilement pris au piège est la composition des aliments, que nous trouvons avec des chiffres généralement précis dans diverses tables. Prendre pour vrai des tableaux de composition serait oublier deux choses :
– Les aliments naturels ne sont pas homogènes comme des produits industriels, et selon les échantillons analysés, les résultats ne sont pas les mêmes. On comprend ainsi que pour un même aliment, les résultats diffèrent selon les sources. Une table comme Ciqual est la meilleure qualité que l’on peut trouver aujourd’hui, avec des fourchettes entre minima et maxima obtenues dans diverses études, l’indication des sources, et un indice de fiabilité de la moyenne annoncée.
– Les nutriments dont la teneur est annoncée ne sont qu’une partie de la composition. Dans l’idéal, il faudrait y ajouter toutes les structures connues et dosables, soit environ 150. Et cela ne serait pas encore au niveau de la réalité. Les évaluations actuelles estiment à plus de 26 000 ne nombre de structures différentes que l’on peut trouver dans les aliments !
Un article paru dans Nature food emploie le terme de manière noire de l’alimentation, prenant l’exemple de l’ail dans lequel 2 306 composés chimiques distincts sont à ce jour identifiés. Le rôle de cette matière noire dans les conséquences biologiques de l’alimentation est-il négligeable, comme cela nous arrange de le croire pour conforter la valeur de nos modèles ?
Les auteurs de l’article proposent d’établir, comme on le fait pour les génomes, des cartographies aussi complètes que possible des aliments (foodome). La technologie ne permet pas actuellement de lancer un tel programme. Elle pourra sans doute le proposer prochainement. Est-ce utile ?
Selon un principe majeur la nutrition santé : la diversité alimentaire répond à tous les besoins, cumule les avantages et dilue les inconvénients des divers aliments disponibles. Une telle démarche, vu les moyens demandés et la valeur relative des résultats qu’elle obtiendra semble donc bien peu pertinente.
Quand la science lâchera-t-elle son obsession de tout connaître pour tout contrôler ? Le monde vivant n’a pas attendu la connaissance humaine pour développer une organisation bien plus fonctionnelle que notre technologie high tech. L’observation, les acquis traditionnels, et ce que la science a développé jusqu’à ce jour ne sont-ils pas suffisants pour choisir une alimentation optimale ?

Ref : A. Barabási, G Menichetti & J.Loscalzo : The unmapped chemical complexity of our diet – Nat Food 2020, 1 : 33–37