Le jeûne intermittent remis en question

Le jeûne intermittent ou TRE (Time-Restricted Eating) est reconnu pour divers avantages, sur la perte de poids et sur l’amélioration de certaines maladies chroniques (stéatose hépatique, diabète de type 2). Il est parfois présenté comme un mode alimentaire bénéfique pour la santé, qui pourrait être généralisé, mais est-il dépourvu de tout inconvénient ?

L’étude qui met le doute
En 2020, un essai bien conduit avec 116 participants testant une restriction de temps de repas entre 12h00 et 20h00 pendant 3 mois a amené les auteurs à conclure que : « Manger avec des restrictions de temps, en l’absence d’autres interventions, n’est pas plus efficace pour perdre du poids que de manger toute la journée. » (1). Est-ce que cela invalide tout ce qui a déjà été observé ? Cela va dans le sens que pour perdre du poids, un TRE qui se situe en fin de journée n’est pas le plus favorable. Il serait plus intéressant de tester une restriction qui commence vers 15-16h jusqu’au lendemain matin. Cependant, cette organisation ne correspond généralement pas au comportement alimentaire spontané et au mode de vie, et demande une adaptation contraignante qui a par elle-même des effets néfastes.

L’impact sur les cheveux
Des recherches publiées en 2025 ont montré qu’il favorise la perte de cheveux, par altération des cellules souches des follicules pileux qui est attribuée à une augmentation des acides gras libres (2,3). Cependant, un tel mécanisme ne se retrouve pas dans le régime cétogène qui augmente de manière significative les acides gras libres.
Que se passe-t-il de spécifique lors d’un jeûne intermittent ?
À défaut de comprendre ce qui se passe vraiment, observer une chute accrue de cheveux lorsque l’on pratique un jeune intermittent est une invitation à reconsidérer son intérêt, ou a minima voir ce qui se passe en le cessant.

Qu’est-ce que cela nous enseigne ?
1) En nutrition, il y a des grandes tendances que l’on pourrait qualifier d’espèce, et des aspects individuels qui les modulent, et parfois les inversent. Dans les préconisations mise s en avant dans  Nutrition Santé Essentielle,  les deux critères qui précèdent tous les autres sont la règle des 3 V (vrai = non ultratransformé, varié, à dominance végétale) et le fait d’être à l’écoute du comportement alimentaire qui est le régulateur le plus fiable des besoins individuels si on le met en condition de s’exercer dans un environnement favorable. Dans cette logique, le TRE n’a de sens que s’il s’accorde au ressenti de la faim et au mode de vie. Augmenter le temps de jeûne quotidien pour laisser le tube digestif au repos et le métabolisme élargir son potentiel est théoriquement bénéfique, cela ne l’est plus si un TRE est une auto-contrainte qui altère le plaisir de vivre, la vie sociale ou familiale, et augmente le niveau de stress, ces trois facteurs ayant un impact fort sur la santé générale. Un changement alimentaire qui passe par un contrôle cognitif au détriment des sensations peut difficilement être bénéfique pour la santé globale à long terme
2) Les effets spectaculaires du TRE mis en avant par certains promoteurs de la méthode sont trompeurs et dangereux. Ce qui fonctionne pour certains ne fonctionne pas forcément pour d’autres, car il y a de multiples facteurs en jeu, et celui qui est mis en avant (le TRE) n’est pas suffisant pour tout expliquer. Pour les personnes en recherche de poids, échouer là où elles étaient sensées réussir est un facteur de dévalorisation dont elle n’ont vraiment pas besoin.
3) Dès lors que nous adoptons un mode alimentaire restrictif en vue d’un avantage attendu, d’être attentif aux conséquences de ce régime sur notre corps et savoir l’arrêter s’il apparaît des signes de perturbation de la physiologie ou une altération du bien-être psychologique.

Références :
1.Dylan A Lowe  & al :Effects of Time-Restricted Eating on Weight Loss and Other Metabolic Parameters in Women and Men With Overweight and Obesity: The TREAT Randomized Clinical Trial – JAMA Intern Med 2020 Nov 1;180(11):1491-1499.
2. Han Chen & al : Intermittent fasting triggers interorgan communication to suppress hair follicle regeneration – Cell 2025, 188(1) : 157-174
3. Abigail Benvie and Valerie Horsley : Intermittent fasting promotes HFSC death to inhibit hair growth – Life Metabolism, 2025, 4(2), loaf 006

Le végétalisme a-t-il des effets néfastes sur la grossesse ?

La question de l’adéquation ou non d’un régime végétalien pour la santé humaine se pose régulièrement. Les résultats observés semblent contradictoires, montrant parfois des bénéfices, parfois des conséquences néfastes. Tout dépend en fait à quoi on le compare et à qui il s’adresse.
La dernière recherche (1) porte sur la grossesse en comparant des femmes omnivores, pesci-végétariennes (incluant les poissons), ovo-laco-végétariennes et végétaliennes strictes (vegan).
Aucune différence n’a été constatée sur l’incidence des naissances prématurées.
Des différences ont été notées sur le poids de naissance des enfants, et le gain de poids gestationnel des mères.
Le poids moyen des enfants était en moyenne de 3 015 g (+/– 420 g) pour les mères végétaliennes strictes, 3 285 g pour les mères lacto-ovo-végétariennes, et 3 328 pour les autres (omnivores et pesci-végétariennes).
La prise de poids moyenne des mères végétaliennes était de 11,6 kg et de 14,3 pour les mères omnivores.

Ces résultats amènent plusieurs commentaires :
– Si le poids de naissance de l’enfant et la prise de poids de la mère sont considérés comme des indicateurs de santé, alors un régime pesci-végétarien ou omnivore semble plus favorable à l’ensemble de la population et le végétarisme strict le plus risqué. Cela confirme une vision globale et synthétique des données actuelles de nutrition santé.
– Aucun enfant de mère végane (poids de 2 595 à 3 435 g) n’est en dessous de 2 500 g, seuil en dessous duquel le petit poids de naissance est reconnu comme un facteur de risque pour l’enfant.
– Concernant la prise de poids de la mère, dans la mesure où il n’y a pas de carences associées, être en dessous de la moyenne n’est pas un problème, cela pourrait même être bénéfique.
– Globalement, il est évident que le végétarisme strict, s’il répond aux besoins de l’organisme par une grande diversité végétale et se supplémente en vitamine B12 en cas de déficience, ne pose pas de problème de santé s’il est bien supporté par le corps. Il est même avantageux s’il permet d’être en phase avec des valeurs importantes pour la personne.
– La nutrition santé gagne toujours à augmenter la diversité. Elle gagne aussi à respecter les valeurs de la personne dans les choix alimentaires. La réduction de diversité demande alors d’être plus vigilant sur les nutriments pénalisés par la restriction.

Référence :
1. T. Avnon & al. : The impact of a vegan diet on pregnancy outcomes. J Perinatol 2021 : 41 : 1129-1133