La psychothérapie active sur l’inflammation chronique

Une revue de 56 études parue en 2020 (1) conclut que les interventions psychologiques, et notamment les thérapies cognitives et comportementales (TCC) ont un impact favorable sur 7 paramètres du système immunitaire su le niveau de cytokines inflammatoires, en jeu dans les phénomènes d’inflammation chronique. Ces effets bénéfiques ont persisté pendant au moins 6 mois après le traitement quels que soient l’âge, le sexe et la durée de l’intervention
Selon l’auteur : « Les psychothérapies peuvent changer notre façon de penser à propos de nous-mêmes et du monde, et changer ces perceptions peut à son tour affecter notre biologie ».
Une belle illustration de l’intérêt de la démarche intégrative qui associe notamment la nutrition  et une démarche psychologique dans l’accompagnement des maladies chroniques.

Référence :
Grant S. Shields & al : Psychosocial Interventions and Immune System FunctionA Systematic Review and Meta-analysis of Randomized Clinical Trials – JAMA Psychiatry. 2020;77(10):1031-1043

 

La viande artificielle est désormais une réalité

Alors que la piste du bifteck de pétrole que l’on annonçait les années 1970 pour le XXIe siècle n’a jamais vu le jour, c’est une autre technologie qui s’est développée : la culture cellulaire. Le principe est simple, il suffit de trouver les conditions pour que des cellules animales se développent suffisamment en laboratoire afin de pouvoir en faire des portions de viande.
La limite de cette méthode : le coût de revient d’une production quantitativement limitée s’amenuise avec le progrès de la performance technologique.
La start-up Eat Just qui a commencé à commercialiser sa production dans un restaurant de Singapour en décembre 2020 (1).
Le patron du restaurant concerné, très fier affirme que c’est une  » étape révolutionnaire dans la lutte contre le changement climatique et l’approvisionnement de la population mondiale sans abîmer la planète « .
L’avenir dira si le défi technologique conduisant à une grande production sera gagné. Et dans ce cas, si la demande des consommateurs suivra…
Il y a une autre piste, bien plus naturelle et plus prometteuse pour apporter des protéines animales à bas coût et dans une démarche écologique : les insectes (2).

Références :
1. https://www.bluewin.ch/fr/infos/sciences-technique/poulet-artificiel-dans-l-assiette-premi-re-historique-singapour-504662.html
2. https://www.journaldemontreal.com/2019/03/03/les-insectes-sources-de-proteines-de-lavenir

Les propos de Thierry Casasnovas sont-ils dangereux ?

Il est devenu la star  francophone du net dans le domaine de la nutrition : plus de 500 000 abonnés, un cumul de 79 millions de vues. La métamorphose qu’il a expérimentée sur lui-même avec une alimentation crudivore est spectaculaire et fait le socle de son approche médiatisée par de multiples vidéos ! La critique de la médecine conventionnelle, et plus globalement des autres approches nutritionnelles y est sévère.
Le ministère de l’intérieur, qui affirme avoir reçu près de 600 signalements, a commencé une enquête judiciaire pour mise en danger de la santé autrui (1). Parmi les faits reprochés : l’incitation au jeûne sec prolongé, avoir présenté le lait de coco comme un substitut convenable au lait maternel (2), ce qui a conduit un jeune enfant aux urgences, un dénigrement sans nuance des traitements conventionnels.
Cela pose la question de la liberté d’expression, et de la liberté de chacun de s’inspirer de qui il veut, en acceptant les risques qu’il prend. Sauf qu’en cas de problème, c’est le collectif qui assure, pour récupérer ce qui peut l’être.
Cela pose aussi la question de qui peut tenir des propos dangereux ou pas. Cela reste sous couvert d’anonymat mais ce que des personnes entendent dans certains cabinets médicaux a des effets délétères sur leur bien-être et par extension sur leur santé. Cela est-il plus acceptable ?
En fait c’est vraiment à nous de discerner en qui nous pouvons avoir confiance ou non.
Les personnes comme Thierry Casasnovas qui fondent  leur connaissance sur une extension de leur expérience personnelle et ont besoin de dénigrer les autres approches pour valoriser la leur deviennent (en le souhaitant un peu ou malgré eux) des petits gurus du net.
Ils ne sont ni dans le discernement de la démarche scientifique (au sens noble), ni dans l’humble sagesse qui sait que toute connaissance est relative et que la coopération qui contribue au bien-être de tous commence par le respect de la différence. Le problème n’est pas d’être dans son ego, tout le monde y est plus ou moins, mais d’en être conscient ! C’est pourquoi de tels personnages ne sont pas ceux qui nous éclairent le plus.

Références :
1 Les conseils toxiques d’une star du net – Que Choisir Santé n°158, mars 2021, p. 11
2. Thierry Casasnovas a-t-il recommandé l’eau de coco comme substitut au lait maternel pour les bébés ?

Vitamine D : le microbiote entre en scène

La vitamine D est devenue la star des compléments alimentaires. Les avantages santé impressionnants d’un taux élevé dans le sang, sans cesse rappelés (y compris face aux Coronavirus), suffisent à les justifier dans la plupart des articles à ce sujet. Or, s’il y a une corrélation maintes fois vérifiée entre un niveau naturellement élevé de 25-OH-cholécalciférol et un réel bénéfice santé, on oublie généralement deux aspects de la situation :
1. Les complémentations, en élevant directement le taux sanguin, n’obtiennent qu’une partie des bénéfices, ce qui montre que la vitamine D dosée est un facteur de santé et aussi un marqueur d’un état de santé, c’est-à-dire que certaines conditions favorables ont aussi pour effet de faire monter ce taux (1)
2. Le 25-OH-cholécalciférol est une provitamine D inactive. La forme devient active, en se transformant au niveau du rein en 1,25 diOH cholécalciférol. Cette forme n’est habituellement dosée que lors des insuffisances rénales, pour évaluer la capacité métabolique des reins. Et le principe selon lequel la forme circulante inactive est le meilleur marqueur du statut en vitamine D n’a jamais été remis en cause.

La publication récente de chercheurs californiens (2) se pose cette question en constatant sur plusieurs centaines de sujets âgés (moyenne d’âge 84 ans), l’inconstance de la conversion de précurseur en forme active de vitamine D, et une corrélation entre le niveau de cette conversion et la nature du microbiote.

Le fait que les sujets soient âgés, donc plus concernés par l’insuffisance rénale, ne permet pas de conclure grand-chose, mais pose deux questions qui devraient nous interpeller :
– Le dosage du précurseur circulant est-il insuffisant pour établir le statut en vitamine D ?
– Peut-on dissocier le statut en vitamine D des autres facteurs de santé (nutrition, ensoleillement, microbiotes…) pour croire qu’il suffit de prendre une complémentation pour se protéger ?

Références :
1. Et si la supplémentation en vitamine D était souvent inutile, et parfois néfaste ?
2. R.L. Thomas & al : Vitamin D metabolites and the gut microbiome in older men  – Nature Communications 2020 vol. 11, Article: 5997

Oméga 3 : une étude confuse qui noie le poisson !

Le ratio oméga6/oméga3 est un facteur majeur de nutrition santé, validé par de multiples observations et expérimentations qui constate deux choses :
– Dans l’alimentation moderne, qui a privilégié les oméga 6 et oublié les oméga 3, ce ratio est généralement très élevé, alors qu’il a été de l’ordre 1 pendant la longue période de construction de patrimoine génétique avec une alimentation sauvage.
– Le fait d’accroître les apports d’oméga 3 s’accompagne de bénéfices importants pour la santé.

Il y a désormais consensus à ce sujet. Et pourtant les expérimentations continuent et de nouvelles publications sur le sujet arrivent régulièrement, confirmant le rôle protecteur et parfois en mettant des doutes qui embrouillent.
Revenons sur l’une dans d’entre elles qui s’est intéressée aux Esquimaux, dont la faible incidence d’accidents vasculaires est bien connue. Un dosage d’EPA et DHA gras dans les membranes de globules rouges, considéré comme une moyenne des apports alimentaires d’une soixantaine de jours, a été corrélé aux accidents survenus. Conclusion : le niveau d’EPA et DHA n’est pas un facteur protecteur majeur, ce qui remet en doute le rôle bénéfique d’une forte consommation de poissons dans la protection des Inuits.

Est-ce que cela remet en cause l’intérêt de diminuer le ratio oméga6/oméga3 en nutrition santé ?
Il faudrait avant cela discuter trois points :
– Divers facteurs peuvent converger dans la protection des Esquimaux. Le fait d’en isoler un seul, les oméga 3, et de ne pas observer de différence en fonction de ses variations ne signifie pas que ce facteur est inactif et encore moins inutile pour d’autres populations.
– Ce n’est pas la teneur en oméga 3 qui est le déterminant majeur de santé, c’est le ratio oméga6/oméga3, non pris en compte dans cette étude.
– Le profil des acide gras membranaires n’a jamais été validé comme un reflet linéaire des apports alimentaires, ni comme facteur prédictif d’évènements pathologiques. Les acides gras incorporés dans la membrane des GR par un organisme vivant peuvent répondre à un programme spécifique sélectif en fonction de diverses variables, et ne sont pas un phénomène passif en fonction des taux présents dans le sang (2).

Il n’y a donc aucune raison de remettre en cause les acquis solides qui nous invitent à optimiser le ratio oméga6/oméga3 dans les apports alimentaires (< 4).

Références :
1. NK Senftleber & al : Omega-3 fatty acids and risk of cardiovascular disease in Inuit: First prospective cohort study. Atherosclerosis 2020 ; 321 : 28-34
2. Le profil d’acide gras membranaires et ses limites sont détaillés dans le livre Biologie Médicale Intégrative, page 249.

Vitamine C et supplémentation en fer, enfin la preuve que c’est inutile !

C’est une recommandation classique : associer de la vitamine C aux complémentations en fer pour améliorer l’assimilation.
Une recherche bien conduite portant sur plus de 400 sujets (en grande majorité des femmes) n’a montré, après administration de 100 mg de succinate ferreux associé ou non à 200 mg de vitamine C per os, aucune différence significative sur les différents marqueurs du statut en fer [1]. La conclusion est claire, la vitamine C ne sert à rien concernant l’efficacité de cette complémentation, qui se révèle par ailleurs efficace pour améliorer le statut en fer de l’organisme (augmentation de 35 µg/ml de la ferritine en moyenne).

D’autres observations de l’étude sont éclairantes :
– Les effets secondaires du complément en fer ne sont pas majorés par la vitamine C, ce qui départage le débat entre ceux qui s’appuient sur des résultats in vitro pour dire que le fer dans ce contexte oxyde la vitamine C, et ceux qui prétendent que cela ne se produit pas in vivo.
– Seulement 20 % des participants ont ressenti des effets indésirables (maux d’estomac, les nausées et le reflux acide), qui se sont ensuite atténués dans la plupart des cas, et n’ont jamais conduit à un arrêt de traitement. Il semble dans les observations couramment rapportées par les médecins et pharmaciens que les mauvaises tolérances soient plus fréquentes, mais peut-être n’est-ce qu’une exagération en ne prenant en compte que les plaintes.

En fait, l’inutilité de la vitamine C s’explique très logiquement. Elle est nécessaire pour réduire de fer ferrique (3+) qui se trouve dans les aliments en fer ferreux (2+) assimilable. Pour tous les compléments contenant déjà du fer ferreux, cette transformation est inutile !
En revanche, donner du fer ferreux, et surtout à forte dose comme dans cette étude, est aberrant, puisque cette forme qui catalyse la réaction de Fenton est une bombe oxydative. L’intelligence de la biologie naturelle est d’apporter du fer inoffensif (3+) avec une transformation par la vitamine C juste pour le nécessaire, sans risque oxydatif.Il est aberrant également de donner une telle dose tous les jours puisqu’il a été montré qu’un mécanisme de protection limite l’assimilation après avoir reçu une quantité importante [2].

C’est pourquoi le bon sens voudrait que les supplémentations privilégient des apports à dose plus faible, tous les deux jours, ou une forme ferrique associée de la vitamine C. La spiruline qui contient les deux formes (2+ et 3+) répond en partie à cela. Comme elle ne contient pas de vitamine C, il semble utile de lui associer lorsque la recharge en fer est recherchée.

Références :
1. N Li & al : The Efficacy and Safety of Vitamin C for Iron Supplementation in Adults Patients with Iron Deficiency Anemia – JAMA Netw Open. 2020 ; 3(11)
2. D. Moretti & al : Oral iron supplements increase hepcidin and decrease iron absorption from daily or twice-daily doses in iron-depleted young women – Blood2015 22;126(17):1981-9