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Pour s’y retrouver dans la grande diversité des éléments minéraux avec différents bénéfices ou désagrément attendus pour la santé, deux notions nouvelles et particulièrement éclairantes sont proposées : les familles physiologiques des éléments minéraux et leur mode d’action en complémentation selon la dose utilisée.
Ces deux notions permettent de sortir de la confusion et de discours parfois contradictoires sur le sujet.
Elles donnent aussi les clefs de la place des minéraux en santé intégrative.

SOMMAIRE

A- QUATRE FAMILLES PHYSIOLOGIQUES DE MINÉRAUX

En physiologie, la matière organique est un ensemble des molécules construites autour d’une chaîne de carbone à l’état réduit, et qui peuvent se décomposer pour donner essentiellement du gaz carbonique (CO2) et de l’eau (H2O).
La matière minérale est composée d’éléments non carbonés (ou contenant du carbone à l’état oxydé) soit à l’état atomique sous forme ionique, soit associé à d’autres atomes sous forme de molécule non organique ou de sel
Les éléments minéraux à l’état atomique sont par nature non dégradables et se retrouvent dans les cendres après calcination d’un organisme. Ils circulent dans la chaîne alimentaire et se renouvellent dans les organismes.
Selon leurs propriétés biologiques, ils peuvent se regrouper en 4 familles.

● Les minéraux constitutifs des structures biologiques

Ils sont présents en quantité importante dans les organismes et jouent un rôle prépondérant dans les structures osseuses et dentaires (calcium, phosphore), dans l’équilibre des liquides (sodium, potassium, chlore) ou dans la composition de molécules biologiquement actives (soufre).
Ils sont largement présents dans l’alimentation, qui suffit aux besoins si elle est suffisamment diversifiée.
Le magnésium et le fer se rapprochent de cette catégorie sous certains aspects, sans y être pleinement inclus. Ces deux minéraux, dont la déficience est fréquente dans une alimentation moderne, ont des propriétés très spécifiques. Les oligoéléments non toxiques à fonction catalytique

● Les oligoéléments non toxiques à fonction catalytique

Les oligoéléments se définissent par leur présence en faible quantité dans les organismes, tout en exerçant un rôle irremplaçable dans certaines structures moléculaires (iode, cobalt), ou comme cofacteurs métaboliques (zinc, sélénium, manganèse, molybdène, chrome, etc.).
Ils sont souvent déficients dans l’alimentation, ce qui affaiblit les organismes.

● Les oligoéléments pouvant devenir toxiques ou allergisants

Certains oligoéléments ont une fonction physiologique, ce qui les rend nécessaires à la physiologie, tout en devenant néfastes dans certaines circonstances ou lorsqu’ils dépassent un seuil de tolérance.
Le fer et le cuivre, sous forme réduite (ion ferreux = Fe++ et ion cuivreux = Cu+) catalysent une réaction d’amplification du stress oxydatif (réactions de Fenton et Haber-Weiss) et se comportent ainsi, paradoxalement, comme des pro-oxydants. Il y a peu de risque avec l’alimentation qui ne contient pas ou très peu ces formes à l’état libre. En revanche, elles sont courantes en complémentation, ce qui invite à la prudence.
Le fluor est utile pour l’émail dentaire mais devient néfaste pour les os au-delà d’un certain seuil. D’autres oligoéléments : sélénium, nickel, arsenic, antimoine, étain, titane… ont (ou semblent avoir) une fonction physiologique à faible dose. Ils deviennent néfastes s’ils dépassent le seuil de tolérance de la personne (toxicité) ou s’ils activent un mécanisme d’allergie de type IV (intolérance, détectée par le test Melisa). Ce sont en principe les apports complémentaires ou les contaminations toxiques qui peuvent générer des problèmes, les apports alimentaires étant plutôt bien gérés.

● Les métaux traces toxiques

Enfin, certains métaux n’ont aucune fonction physiologique. Ils étaient quasiment absents de l’environnement avant d’être extraits du sous-sol par les activités humaines. Les organismes sont mal équipés pour les éliminer. Leur toxicité peut commencer dès la présence de traces, et s’accroît avec la dose. Ces métaux qui ne se dégradent jamais étant désormais en circulation permanente dans la chaîne alimentaire où ils s’accumulent, tous les organismes sont plus ou moins contaminés, et s’adaptent comme ils le peuvent à leur présence [1].
Les plus connus sont le mercure, le cadmium et le plomb et l’aluminium. Ce dernier est mieux toléré car il est présent depuis longtemps à la surface de la terre et les organismes ont appris à l’éliminer. L’or, l’argent, le bismuth et le thallium appartiennent aussi à cette catégorie.

B- TROIS MODES D’ACTION DES COMPLÉMENTATIONS EN MINÉRAUX

Quand nous prenons, par exemple, un complément de magnésium dosé à 300 mg par jour, l’objectif est clairement de suppléer aux besoins nutritionnels dans une situation de déficience. C’est donc un mode d’action nutritif, le plus courant, et le plus facilement compréhensible pour justifier un apport en minéraux.
– Cependant lorsque nous utilisons du chlorure de magnésium à forte dose lors d’un épisode infectieux, l’apport ne répond pas à un besoin nutritionnel et l’effet rapide observé est indépendant de l’assimilation, qui dans ce cas est négligeable. Nous sommes donc bien dans un contexte différent. La pression exercée par une forte concentration locale en magnésium exerce un effet direct sur certains mécanismes physiologique, comme un médicament. On peut donc parler d’effet curatif.
– Si nous prenons une ampoule qui contient 0,1 mg de magnésium, même avec l’assimilation optimisée de la voie perlinguale, c’est une goutte d’eau en rapport avec les besoins, et en aucun cas cet apport supplémentaire ne peut avoir un effet réducteur de la déficience. Et pourtant, une action est observée. S’il ne s’agit pas d’un effet placebo, on doit alors envisager une action informative.
Les trois modes d’actions [2] résumés ci-dessous vont nous permettre de comprendre ce qui se passe dans ces trois situations.

● Nutritif : suppléer aux apports alimentaires déficients

C’est le mode d’action alimentaire et de la forme classique de micronutrition. La complémentation nutritive répond à une logique très simple : apporter sous forme concentrée ce que l’alimentation ne suffit pas à fournir, pour optimiser le métabolisme et les fonctions biologiques. L’idéal est dans ce cas un sel permettant l’assimilation du minéral ciblé, apporté en quantité proportionnée aux besoins quotidiens.

● Curatif : réduire les symptômes et restaurer l’équilibre

On retrouve dans ce cas diverses situations dans lesquelles un minéral est utilisé, généralement à forte dose, dans un contexte ponctuel et spécifique, afin d’obtenir une action rapide, indépendamment d’une éventuelle déficience.
C’est le cas du chlorure de magnésium précédemment cité, du sélénium utilisé lors de la dépose d’amalgames dentaires pour neutraliser le mercure, de l’iode à forte dose lors d’une contamination radioactive pour protéger la thyroïde, et d’une certaine manière, de certains protocoles fortement dosés proposés en micronutrition orthomoléculaire.
L’action n’étant pas physiologique, elle peut théoriquement induire des effets secondaires si les doses dépassent le seuil de tolérance de l’organisme.

● Informatif : accroître le potentiel fonctionnel

Ce mode d’action, le moins connu, est contesté par la science médicale, qui n’admet pas qu’une action biologique puisse se produire avec des doses négligeables de principe actif. Cet effet que l’on retrouve avec l’homéopathie, les élixirs floraux et diverses préparations diluées, est avant tout validé par une observation. Pour le comprendre, il faudrait sortir du paradigme de l’homme machine biochimique, pour entrer dans une globalité plus subtile prenant en compte la dimension vibratoire des organismes vivants, et la capacité de l’eau à mémoriser et transmettre des informations biologiques.
Appliqué aux minéraux, le mode informatif permet de comprendre l’action de préparations diluées prises par voie perlinguale. Il donne un cadre à l’oligothérapie issue des diathèses de Ménétrier, en expliquant notamment que le fait de donner du manganèse dans quasiment tous les cas n’est pas lié à une déficience généralisée en cet oligoélément. Le mode informatif explique aussi que l’or et l’argent, qui n’ont aucune utilité fonctionnelle et seraient plutôt toxiques, peuvent avoir une action bénéfique sur certains terrains.
Le mode informatif nous aide également à comprendre l’action particulière des sels de Schüssler, dont la composition brute en minéraux n’a aucun intérêt nutritionnel.
Les produits à mode informatif sont pris de préférence par voie perlinguale, hors repas, et en répétant les prises, indépendamment de la dose. Ils sont toujours plus efficaces s’ils entrent dans un programme thérapeutique auquel la personne adhère. Ils ont un faible pouvoir de changement par eux-mêmes. Ils ont cependant une forte capacité à soutenir les changements entrepris. Le contexte dans lequel ils sont conseillés et administrés joue un rôle important. Cela fait dire à certains qu’ils n’agissent que par effet placebo. L’expérience montre que ce qui est parfois observé va bien au-delà du simple effet placebo, qui existe avec tous les produits.

C- PRINCIPAUX MINÉRAUX

Les minéraux sont abondants dans l’organisme et dans la chaîne alimentaire. En dehors des situations de sous-alimentation, les déficiences sont rares. C’est plutôt l’excès qui pose problème, notamment par les déséquilibres de ratios qui influent sur les fonctions biologiques : rapport sodium/potassium, rapport calcium/magnésium, équilibre acide base.

● Phosphore

Le phosphore est abondant dans l’alimentation. Il n’est jamais déficient. Il est même parfois en excès, du fait d’une abondance de laitages, de viandes ou de produits transformés contenant des additifs phosphorés (E338 à E443, E450 à E452). Dans certaines rations alimentaires, les apports atteignent 4 fois les besoins estimés [3]. Le phosphore est un minéral clairement acidifiant, son excès favorise une acidose métabolique latente, qui affaiblit l’état de santé général.
La formule populaire qui affirme que le phosphore est bon pour la mémoire est sans fondement. Certes, la phosphatidyl-sérine améliore les fonctions cognitives, mais c’est un dérivé phosphoré très spécifique utilisé en complémentation. D’autre part, le poisson, riche en phosphore, a un effet favorable sur la mémoire, pour d’autres raisons [4].

● Calcium

La question du calcium est un débat sans fin entre ceux qui soutiennent la nécessité des produits laitiers et ceux qui pensent qu’ils ne sont pas indispensables, voire nuisibles. Entre science nutritionnelle obsédée par le manque de calcium et une industrie agroalimentaire qui s’appuie sur cela pour promouvoir les produits laitiers, il est difficile de savoir qui a commencé. La thèse repose aujourd’hui sur des arguments bien huilés [5], qui s’effondrent cependant face aux constats. De nombreux peuples qui ont vécu longtemps sans produits laitiers et les personnes qui aujourd’hui les ont écartés de leur alimentation ne se portent pas plus mal, voire mieux que les autres…
Les positions radicalement « anti-lait », souvent plus passionnelles que rationnelles, ne font qu’attiser le débat.
Officialiser les besoins en calcium à un niveau inatteignable sans produits laitiers est une belle réussite de lobbying. Il est étonnant que ces besoins changent selon les pays, et qu’ils sont plus au moins corrélés à leur production laitière.
Les nutritionnistes sérieux et indépendants confirment qu’une alimentation riche en produits végétaux de qualité, apportant entre 400 et 500 mg de calcium par jour, bien assimilé dans ce contexte, couvre les besoins, alors qu’un excès de calcium pourrait être néfaste [6]. Le ratio calcium/magnésium est peut-être plus important qu’on ne le pense pour la santé globale. Étant donné la faiblesse habituelle des apports en magnésium, l’excès de calcium devient un facteur aggravant [A]
Les produits laitiers ne sont ni indispensables, ni des poisons. Ils sont mieux assimilés après transformation (fromages, kéfir). Ils font partie de la tradition de certaines régions qui les consomment depuis très longtemps. En dehors d’une intolérance manifeste, ils ont leur place en dans une alimentation variée, notamment s’ils sont une source de plaisir ou de convivialité.

● Sodium

Dans l’alimentation originelle humaine, il y avait beaucoup plus de potassium que de sodium et la physiologie des organismes s’est construite dans ce contexte. Aujourd’hui, le rapport s’est inversé, du fait de la consommation importante de produits transformés (pain, fromage, charcuteries, produits industriels). L’effet favorable au développement d’une hypertension est bien connu depuis longtemps [7]. D’autres conséquences néfastes ont été révélés plus récemment [8].
Le sodium naturellement présent dans les aliments suffit à répondre aux besoins. Réduire les produits transformés salés pour améliorer le ration sodium/potassium est un objectif de nutrition-santé.

● Potassium

Le potassium est présent en quantité importante dans les végétaux. La faiblesse de leur apport, associée à une forte consommation de sodium, fait basculer le ratio potassium/sodium, qui est un régulateur important de la physiologie.
La complémentation en potassium est adaptée à des situations d’urgence. L’optimisation à long terme du ratio potassium/sodium se résout par une augmentation des portions végétales dans l’alimentation.

● Chlore

Le chlore a une fonction globale plutôt neutre. En tant qu’ion négatif, il est nécessaire à l’équilibre des charges dans les liquides, face aux autres minéraux et oligoéléments qui se présentent sous forme d’ions positifs. Il est apporté en quantité suffisante par une alimentation diversifiée. Son excès est lié à une forte consommation de sel (chlorure de sodium), ou de compléments minéraux sous forme de chlorures. Le chlore étant un minéral acidifiant, son excès contribue théoriquement à acidifier l’organisme mais en pratique, comme il est généralement associé au sodium qui a la propriété inverse , l’effet est neutralisé

● Soufre

Le soufre intervient dans de nombreuses structures moléculaires qui ont diverses fonctions biologiques majeures : détoxication (conjugaisons hépatiques), protection antioxydante (glutathion), régénération de certains tissus.
Il est apporté par les protéines qui contiennent des acides aminés soufrés (méthionine, cystéine) et sous diverses formes organiques dans certains végétaux.
Son paradoxe tient dans le fait qu’un certain niveau est nécessaire pour assurer les fonctions biologiques, et qu’il fait partie des minéraux acidifiants, ce qui le rendrait donc néfaste en excès.
Les apports alimentaires à forte proportion végétale permettent de protéger l’équilibre acide-base et de supporter sans conséquence néfaste un apport élevé en soufre.
Les apports complémentaires de soufre organique préconisés pour améliorer la détoxication ou réduire les douleurs articulaires, ne sont a priori pas des solutions durables.

● Équilibre acide base

La faiblesse métabolique qui conduit à un surplus de composés organiques acides favorisant l’acidose cellulaire est la conséquence d’une prédisposition génétique et d’un mode de vie qui amplifie cette accumulation. Elle ne concerne que certaines personnes et entre de ce fait dans une approche de terrain, comme le propose la naturopathie. Elle s’améliore par un mode de vie adapté : nutrition activité physique, sudation… avec des complémentations si besoin.
L’acidose métabolique cellulaire peut être plus générale si l’alimentation ne respecte pas l’équilibre entre les minéraux acidifiants (phosphore, soufre, chlore) et alcalinisants (potassium, calcium, magnésium). Elle se résout naturellement par une nutrition santé qui privilégie les végétaux complets (fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, fruits et graines oléagineuses) et limite les produits animaux et les additifs phosphorés.

D- PRINCIPAUX OLIGOÉLÉMENTS

L’utilisation de produits minéraux en mode informatif pour restaurer des terrains défaillants est spécifique à certaines approches thérapeutiques : oligothérapie de terrain, sels de Schüssler, que nous ne détaillerons pas ici.
Le mode nutritif est plus général et dans ce cas, chaque minéral ou oligoélément a un statut particulier. La revue ci-dessus fait ressortir les aspects caractéristiques de chacun.

● Magnésium

Le magnésium est parfois décrit comme la pierre angulaire du métabolisme. Ses trois fonctions majeures sont le soutien des structures (os, membranes cellulaires), l’activation d’enzymes métaboliques responsables notamment de la production énergétique ou de la protection antioxydante, et enfin, la régulation des tensions musculaires pour lesquelles le ratio calcium/magnésium semble jouer un rôle important. Sa déficience est associée à divers dysfonctionnements (fatigue, tensions musculaires, nervosité), et favorise de nombreuses maladies chroniques [9,10].
Le déficit d’apport alimentaire résulte d’une convergence d’évolutions de l’alimentation occidentale : appauvrissement des sols en magnésium liés aux cultures intensives, raffinage, faiblesse des végétaux complets dans les assiettes. Il est aggravé par l’acidose cellulaire et le stress, qui augmentent son élimination. C’est pourquoi sa déficience dans nos sociétés est aujourd’hui courante.
Alimentation et mode de vie (favorisant notamment la détente) sont les solutions premières, car elles sont durables. La complémentation est parfois nécessaire, surtout quand il y a un terrain génétique qui limite la fixation cellulaire du magnésium (spasmophilie). Elle est souvent peu efficace car le magnésium apporté de manière concentrée en complémentation est généralement mal assimilé digestivement, et rapidement éliminé par les urines. La taurine améliore la rétention cellulaire en cas de tension musculaire et répond bien à un besoin d’action rapide en situation de stress. Elle n’est cependant pas une solution pour une action durable. Le citrate et le bisglycinate dans des produits permettant un bon fractionnement de la dose quotidienne sont aujourd’hui la solution optimale en complémentation pour concilier l’efficacité avec un coût raisonnable [11].

● Fer

Le fer est avant tout connu pour sa déficience qui favorise la fatigue et l’anémie, et il est de ce fait souvent proposé en complémentation, y compris dans des produits multivitamines, ce qui est une erreur micronutritionnelle [12]. En effet, le fer en excès est néfaste pour tous, et encore plus pour les personnes porteuses d’une hémochromatose et qui l’ignorent, ce qui n’est pas rare avant 40 ans.
La première règle d’or est de jamais donner de fer complémentaire sans un dosage de ferritine montrant une déficience. La seconde est qu’en dehors des pertes excessives (saignement, hémolyse), le manque de fer par déficit d’apport est souvent la conséquence d’un défaut d’assimilation, et non d’une quantité insuffisante dans l’assiette. Dans une optique de santé durable, il est plus avantageux de prendre soin de la santé intestinale pour réduire l’atrophie de la muqueuse, que de multiplier les complémentations en fer dont les résultats sont régulièrement décevants.
Si la complémentation est choisie, sur la base d’une ferritine abaissée, n’oublions pas que les médicaments et compléments apportant du fer en France contiennent tous la forme Fe2+, pro-oxydante. La dose doit donc être limitée, au risque d’une agression oxydative du tube digestif, bien connue pour les médicaments fortement dosés comme le Tardyféron. L’ajout de vitamine C est inutile avec cette forme complémentaire, déjà transformée pour être assimilée [13]. Le côté néfaste théorique de cette association n’est pas observé en pratique.
La spiruline qui contient du fer végétal est une complémentation moins risquée, bien assimilée, et mieux tolérée. Elle a l’avantage d’apporter aussi d’autres nutriments. Les forme concentrées (Végifer en France, Algorigin – ex Ferrina – en Suisse) ont les mêmes avantages, car la totalité du fer présent a été incorporée dans la structure de la spiruline, cultivée dans un milieu spécifique permettant cette concentration naturelle.

● Silicium

Le silicium est le plus mystérieux des oligoéléments. Sa connaissance nous est parvenue davantage par l’expérience du silicium organique inventé par Norbert Duffaut en 1957, que par les universités. Il n’est généralement pas considéré sous l’angle de la déficience, mais sous celui de la complémentation qui favorise la régénérescence des tissus conjonctifs (os, articulation, endothélium vasculaire…) [14].
L’évolution du mode de vie occidentale ne favorise pas les apports en silicium, ce qui laisse supposer que les organismes ne disposent pas d’un stock optimal. La variété d’aliments naturels est une nouvelle fois la meilleure réponse.
Concernant la complémentation en soutien à la régénérescence du tissu conjonctif, le monométhyl silane triol, synthétisée suivant le protocole de Duffaut, est la forme qui a montré avec le recul la meilleure assimilation digestive et cutanée. La silice colloïdale issue de la prêle ou de l’ortie a un taux de passage de la barrière digestive plus faible, mais pas nul, c’est pourquoi de telles complémentations restent bénéfiques. Les nombreux produits technologiques apparus rapidement après la limite réglementaire de commercialisation du monométhyl silane triol ne disposent pas du même recul, et n’ont pour preuve que les informations marketing de leurs fabricants et diffuseurs.

● Zinc

Le zinc est, comme le magnésium, un cofacteur enzymatique majeur, puisque l’activité de près de 200 enzymes dépend de sa présence. Sa déficience semble fréquente, selon les examens sanguins pratiqués, bien que l’interprétation de ces examens repose sur une norme statistique qui ne dit rien du déficit en rapport avec les besoins réels de la personne.
Une alimentation complète et variée, avec des produits animaux, et notamment des fruits de mer, est la meilleure garantie pour répondre de manière durable aux besoins.
Le zinc trouve sa place naturellement dans les complexes vitamines B, proposés en soutien lors la grossesse, du stress, de la fatigue ou en préparation d’un effort important, car les trois déficiences (vitamines B, magnésium, zinc) sont souvent associées.

● Sélénium

Le sélénium est un oligoélément majeur qui intervient dans de multiples fonctions parmi lesquelles la défense antioxydante (en activant la glutathion peroxydase), la conversion de l’hormone thyroïdienne T4 en forme active T3, la capacité à neutraliser certains métaux toxiques comme le mercure.
Une alimentation pauvre en sélénium a été associée à un risque plus élevé d’invalidité et de mortalité, associée à diverses maladies : troubles cardiovasculaires et inflammatoires, asthme, affaiblissement de l’immunité, cancer, cataractes, etc.
L’excès de sélénium (au-delà de 800 µg/j), lié à une consommation excessive de noix du Brésil ou de compléments, peut entraîner divers symptômes comme la perte de cheveux et d’ongles, des lésions cutanées, des troubles du système nerveux… Il est recommandé de pas dépasser 400 µg/jour.
La noix du Brésil est considérée comme la championne du monde des apports en sélénium. En réalité, elle en contient des proportions très variables selon son origine. Une seule noix peut couvrir de 10 à 280 % des besoins quotidiens en sélénium ! Comme il n’y a pas d’indication analytique sur les lots, il est difficile de compter sur elles pour un apport contrôlé sans risque de surdosage [15].
L’alimentation diversifiée (avec quelques noix du Brésil !) reste la meilleure garantie d’un apport régulier et sans excès. La complémentation en sélénium seul a peu d’intérêt, mais l’ingrédient peut trouver sa place dans un mélange antioxydant complet, ou dans un produit destiné à soutenir le terrain en cas d’hypothyroïdie.
L’utilisation de doses de sélénium lors de la dépose d’amalgames dentaires se situe en dehors d’une action nutritive (mode curatif).

● Cuivre

Le cuivre est un oligoélément nécessaire à l’activité de diverses enzymes dont l’une des Super Oxyde Dismutases (SOD), jouant un rôle clef dans la défense antioxydante.
D’autre part, l’ion cuivreux (Cu+) comme l’ion Ferreux (Fe++) est un catalyseur de la réaction de Fenton qui amplifie le stress oxydatif.
Lors d’une complémentation qui intègre un sel cuivreux, il est difficile de savoir si l’action sera bénéfique ou néfaste, c’est pourquoi il est préférable de laisser à l’alimentation le soin de fournir les apports. D’ailleurs, la déficience en cuivre ne semble pas courante ou ne pas poser de problème spécifique.
Quand l’oligothérapie utilise le mélange cuivre/or/argent, il s’agit d’un mode d’action informatif, et donc un autre monde qui n’a rien à voir avec les déficiences.

● Oligoéléments rares

Il existe d’autres oligoéléments qui ont des fonctions plus discrètes et néanmoins nécessaires au bon déroulement de la physiologie. La déficience en certains d’entre eux peut affaiblir les fonctions métaboliques. Elle résulte de la perte de la qualité nutritive de l’alimentation industrialisée, et pourrait être aggravée par des additifs capables de les séquestrer et limiter leur assimilation.
Une recharge ponctuelle du stock peut se faire avec un plateau de fruit de mers (pour celle et ceux qui aiment cela), ou une cure de surnageant d’eau argileuse.
Des compléments à base d’eau de mer (type eau de Quinton), de lithothamne ou d’eau argileuse peuvent apporter un ensemble plus ou moins complet d’oligoéléments issus d’une source naturelle. La complémentation isolée d’un oligoélément rare n’a pas d’intérêt dans la mesure où l’on ne peut identifier de manière fiable les déficiences.

E- MINÉRAUX ET OLIGOÉLÉMENTS EN SANTÉ INTEGRATIVE

Les minéraux et oligoéléments, au même titre que les vitamines, ne peuvent être présents dans l’organisme que s’ils sont apportés par l’alimentation ou la boisson. Comme ils sont en perpétuel renouvellement, il y a un risque de déficience si les apports ne sont pas suffisants.

Une alimentation répondant à l’ensemble des besoins, qui intègre donc les éléments minéraux, est la seule réponse adéquate pour une santé durable. Des complémentations peuvent être proposées ponctuellement dans des contextes particuliers (oligoéléments en cas de fatigue, magnésium en cas de stress ou de terrain déficient chronique, fer en cas de déficience avérée…). Cela fait partie des méthodes basiques de soin, qui ne dispensent jamais d’une orientation vers l’optimisation alimentaire si la personne concernée est d’accord pour cela.

L’utilisation de minéraux à fortes doses pour une action très ponctuelle et non nutritive est rare.

Le recours au mode informatif avec des produits ciblés et dilués en mode perlingual (oligothérapie), ou avec les sels de Schüssler est une approche thérapeutique à part entière, qui ne s’improvise pas et demande une formation spécifique. Il appartient alors au praticien de choisir dans quels contextes cette approche, plutôt qu’une autre, peut être proposée.

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

RÉFÉRENCES

  1. Jacques B. Boislève / Santé-vivante – Métaux toxiques : comprendre leur action complexe pour mieux agir face à leur action néfaste
  2. Jacques B. Boislève / Santé-vivante – Modes d’action des produits de santé naturels
  3. Site lanutrition.fr (accès libre) – Excès de phosphore dans l’alimentation
  4. Le Point en ligne – Idée reçue : le phosphore bon pour la mémoire
  5. Afis-science – Le calcium du lait est bon pour l’os : une vérité qui dérange 
  6. Jean-Yves Dionne – Peut-on prendre trop de calcium ?
  7. Passeport Santé – Ratio potassium/sodium
  8. Site medecin-sante.fr : Quels sont les risques pour la santé quand on mange trop de sel ?
  9. A Berthelot. & al : Le magnésium – Ed. John Libbey, Eurotext 2004.
  10. Jacques B. Boislève / Santé-vivante – Dossier complet : Métabolisme et physiopathologie du magnésium
  11. Jacques B. Boislève / Santé-vivante – Rapport technique sur les compléments à base de magnésium
  12. Site lanutrition.fr (accès abonnés) – Interview de Jean-Paul Curtay sur le fer 
  13. Jacques B. Boislève / Santé-nutrition – Pourquoi l’ajout de vitamine C est inutile dans les complémentations en fer
  14. Jacques B. Boislève / Santé-vivante – Dossier silicium complet
  15. Sylvain Garraud – Noix du Brésil et sélénium

 

Picture of Jacques B. Boislève
Jacques B. Boislève

Consultant Formateur - Nutrition, psychologie et santé intégratives

Cet article a 3 commentaires

  1. Sandrine Loyer

    Merci pour cet article complet qui met en lumière les informations sous un angle intéressant et pragmatique. C’est toujours plus rassurant de prendre ces informations auprès d’un biologiste indépendant qui ne vend aucun complément alimentaire …
    A propos du fluor, qu’en est-il de sa toxicité générale et neurologique avancée par ses détracteurs ? Est-il indispensable d’utiliser du dentifrice fluoré toute la vie pour l’émail des dents, comme le préconisent les dentistes, ou les apports alimentaires et autres sont-ils suffisants ?
    Et en ce qui concerne le magnésium, le glycérophosphate avancé par plusieurs laboratoires est-il une forme intéressante pour l’assimilation ?

    1. • Pour le fluor, les choses sont simples. Il n’y a pas un besoin nutritif en fluor qui garantit la santé dentaire et le fluor n’a d’ailleurs aucune fonction physiologique indispensable. Un apport complémentaire en fluor a en revanche un effet bénéfique en changeant la composition de la matière dentaire et osseuse (fluoroapatite à la place de l’hydroxyapatite). Dents et os sont plus durs et donc plus résistants. D’un autre côté, si le niveau de fluor dépasse le seuil de tolérance de l’organisme, il se forme des taches sur les dents, les os se rigidifient et peuvent se déformer et se casser plus facilement, et la fixation d’iode par la thyroïde peut être affaiblie. C’est la raison pour laquelle les préventions collectives en mettant du fluor dans l’eau urbaine ont été abandonnées. Donc, complémenter ou fluor les dentifrices n’est pas une bonne idée.
      • La mode du glycérophosphate a été lancée par Jean-Paul Curtay lors du lancement du produit D-Stress qui en contient, en s’appuyant sur une étude de peu de valeur qui montre sa meilleure tolérance digestive comparée à celle d’autres sels effectivement mal tolérés, et sans tester le citrate et le bisglycinate. Le glycérophosphate de magnésium a deux inconvénients : l’anion est lourd ce qui ne permet l’apport que d’une quantité limitéz de magnésium dans un comprimé ou une gélule, et il est acidifiant. Le citrate est plus léger et alcalinisant. Le bisglycinate a une meilleure assimilation. Et les deux sont aussi bien tolérés que le glycérophosphate.

      1. Sandrine Loyer

        Merci infiniment pour toutes ces infos partagées sans retenue…

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