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SOMMAIRE

Pour comprendre les intolérances alimentaires, dans un premier temps, il convient de différencier la toxicité de l’intolérance, avec ou sans hypersensibilité. Une substance est toxique si elle exerce les mêmes effets néfastes sur tous les organismes, les différences de sensibilité influant sur la dose nécessaire pour observer les premières manifestations. Les variations entre les individus sont sur une échelle quantitative.
Une intolérance concerne une substance non toxique, avec des réactions variables selon les personnes. Aucun effet n’est observé chez les sujets tolérants, alors que les intolérants manifestent des signes qui changent selon leur terrain. Les variations entre les individus sont sur une échelle qualitative. L’intensité de la réaction quand elle est lieu dépend de la sensibilité. Certaines intolérances (allergies à IgE, maladie cœliaque) ont un mécanisme amplificateur qui favorisent l’hypersensibilité, et nécessitent une éviction totale. Pour les autres, il y a généralement un seuil de tolérance, dépendant de la personne et du contexte, qui permet la consommation des aliments concernés en quantité limitée
Il existe plusieurs mécanismes d’intolérances, selon les nutriments impliqués, et selon les mécanismes qui entrent en jeu.
Le facteur psychologique, lié au fait que l’on se croit intolérant, souvent négligé, joue parfois un rôle prépondérant.

Une classification éclairante des intolérances alimentaires

A) SIGNIFICATION DES TERMES EMPLOYÉS

Toxicité : effet néfaste lié à la substance et concernant tous les sujets. Les variations sont sur une échelle quantitative de manifestation de l’effet toxique. Ces manifestations dépendent de la dose reçue et de la résistance du sujet.
Intolérance : effet néfaste lié à l’interaction entre une substance non toxique et un organisme sensibilisé. Les manifestations varient selon les personnes et ne sont pas toujours proportionnelles à la dose.
Hypersensibilité : réaction de l’organisme disproportionnelle à la dose ingérée, du fait de la mise en œuvre d’un processus d’amplification.
Allergie : en principe une intolérance avec une hypersensibilité à mécanisme immunologique. En langage courant, l’allergie signifie souvent une réaction rapide et forte correspondant aux allergies de type I de la classification médicale, c’est-à-dire faisant intervenir des immunoglobulines E (IgE).
Aversion : une aversion alimentaire est un dégoût qui peut être lié à l’odeur, au goût, à l’apparence, à la consistance qui conduit à rejeter l’aliment avant même de le consommer ou dès sa perception sensorielle dans la bouche

B) CLASSIFICATION

B1 – Biologique ou psychique
– Une intolérance biologique est associée à un mécanisme physiopathologique qui génère une perturbation métabolique ou une activation inappropriée du système immunitaire.
– Une intolérance psychologique est indépendante d’une réactivité biologique de l’aliment avec l’organisme. Elle peut être liée à la perception sensorielle conduisant au rejet (aversion), ou à des manifestations psychosomatiques consécutive à la croyance d’être intolérant à un aliment. Ce mécanisme bien réel dans certains cas est également facilement exploité par les sceptiques pour expliquer des réactions non explicables à partir des modèles connus.

B2 – Selon la famille de nutriment en cause
Les nombreux mécanismes en cause dans les intolérances biologiques dépendent de la famille du nutriment en cause. Une classification selon ces familles est particulièrement éclairante pour s’y retrouver dans la complexité des intolérances alimentaires.
– Les lipides ne sont pas reconnus comme facteurs d’intolérance. Indépendamment de leur nature spécifique, ils peuvent générer des troubles digestifs chez les personnes en insuffisance biliaire. La solution est alors de limiter et de fractionner les apports, afin de les ajuster au seuil de tolérance individuelle.
– L’intolérance aux glucides concerne une partie des composés glucidiques, appelés Fodmaps, capables chez certaines personnes et dans certaines conditions de générer des fermentations aux conséquences néfastes.
– L’intolérance aux protéines peut prendre deux formes bien connues et bien décrites dans les monographies médicales : l’allergie (immédiate à IgE) et la maladie cœliaque. Une troisième, le SEIPA est aujourd’hui reconnue, sur des critères cliniques, sans mécanisme identifié.
Il existe d’autres formes d’intolérances aux protéines, mal définies et très hétérogènes. Certaines sont reconnues sous le terme « intolérance non allergique et non cœliaque ».
– D’autres intolérances ne concernent pas les trois familles classiques de nutriments. Ce sont notamment les intolérances à l’histamine (fausses allergies) et à certains additifs alimentaires : notamment les sulfites.

C) INTOLÉRANCES RECONNUES ET NON RECONNUES PAR LA MÉDECINE
La médecine prend en compte les intolérances aux Fodmaps, les allergies, la maladie cœliaque, les fausses allergies et les intolérances aux sulfites.
Elle reconnaît désormais, dans certains cas, des intolérances non allergiques et non cœliaques au blé ou aux produits laitiers. Elle refuse en revanche le principe d’une intolérance générale aux céréales modernes, aux produits laitiers et plus globalement à toutes les protéines mal digérées, avec des conséquences sur les maladies chroniques.

NUTRIMENT EN CAUSE

TYPE INTOLÉRANCE

RECONNAISSANCE MÉDICALE

Lipides

Insuffisance biliaire

Oui

Glucides

Intolérance aux Fodmaps

Oui

Protéines

Allergie de type I

Oui

Maladie cœliaque

Oui

SEIPA

Oui

Intolérance non allergique et non cœliaque

Oui

Intolérance générale aux protéines indigestes

NON

Autres substances

Intolérance à l’histamine (fausse allergie)

Oui

Intolérance aux sulfites

Oui

Aucune

Intolérance d’origine psychique

Oui

Intolérances alimentaires aux glucides

Les glucides ont la même structure chez tous les êtres vivants. Ils ne peuvent donc pas faire réagir le système immunitaire, et ne sont pas en cause dans les réactions allergiques.
Ils peuvent en revanche être mal digérés, ou mal assimilés, et progresser jusque dans la partie terminale de l’intestin, puis dans le colon, où ils activent des fermentations. Dans ce contexte : on parle de Fodmaps. De telles fermentations se produisent dans les heures qui suivent l’ingestion d’une quantité suffisante de nutriment mal toléré : fructose, lactose, oligosaccharides ou polyols. Il n’y a de conséquence grave connue. Il peut y avoir cependant de forts désagréments et une dégradation progressive de la santé intestinale. L’intolérance aux Fodmaps est un facteur parmi d’autres favorisant le syndrome de l’intestin irritable. Son diagnostic se fait par un test respiratoire avant et après ingestion du type de glucide à tester. Lorsqu’une famille de Fodmaps est en cause, son éviction ou sa réduction significative améliore rapidement les inconforts.
Une présentation détaillée des   Fodmaps a été proposé dans un article précédent [1].

VRAI
Le fructose, considéré comme le sucre bénéfique des fruits, peut générer des intolérances. Chez les personnes sensibles, les signes commencent dès que les apports dépassent un seuil de déclenchement personnel. Les fruits riches en fructose (pomme, poire, mangue, pastèque, melon, myrtille) sont les plus concernés.
L’intolérance au lactose chez l’adulte est l’état biologique naturel. C’est une adaptation génétique, après consommation de produits laitiers sur de multiples générations, qui permet de conserver cette tolérance après l’enfance. C’est pourquoi les peuples qui ont introduit tardivement le lait dans leur alimentation (Afrique, Asie, Amérique autochtone) sont en grande majorité intolérants au lactose à l’âge adulte.

FAUX
Un simple test respiratoire peut diagnostiquer une intolérance aux Fodmaps. Ce n’est en effet pas rigoureux. C’est la comparaison d’un test respiratoire avant et après la prise d’un glucide à tester qui permet d’affirmer l’intolérance à ce glucide.
Les intolérants au lactose doivent cesser tous les produits laitiers. C’est inutile car les fromages à longue fermentation (à pâte dure notamment) ne contiennent plus de lactose.

INDÉTERMINÉ
L’intolérance aux Fodmaps est-elle une caractéristique définitivement acquise ou dépend-elle de l’état de l’écosystème intestinal qui pourrait évoluer favorablement ? Il y a probablement une fragilité individuelle durable favorisée par la génétique et consolidée par un mode de vie inadapté à la santé intestinale. Les fermentations étant liées à la qualité de la flore, il est logique que celles-ci puissent régresser en cas d’amélioration de la santé de l’écosystème digestif. C’est une piste d’autant plus intéressante que certains aliments contenant des Fodmaps sont indispensables à une nutrition optimale, et que leur éviction définitive pourrait avoir des conséquences défavorables.

Intolérances alimentaires aux protéines

Les protéines contiennent des séquences porteuses d’identité, spécifiques d’espèces, voire d’individus. Lors de l’ingestion d’aliments protéiques, ces séquences incomplètement décomposées par la digestion peuvent alerter le système immunitaire qui engage alors diverses réactions. D’autre part, des résidus de digestion peuvent aussi interférer avec certains médiateurs et perturber des fonctions biologiques. Ces deux processus sont en cause dans les intolérances alimentaires liées aux protéines.

A) ALLERGIES ALIMENTAIRES VRAIES (à IGE)
L’allergie de type I, ou hypersensibilité immédiate, est la conséquence de la sensibilisation préalable de l’organisme vis-à-vis d’un motif protéique. Il se forme alors des IgE, fixées sur des mastocytes, capables de reconnaître cette séquence si elle se présente à nouveau. Cette reconnaissance est alors suivie d’une libération de l’histamine contenue dans les mastocytes. L’histamine ainsi relâchée de manière brutale entraîne diverses manifestations cliniques : eczéma, asthme, rhinite, conjonctivite, œdème avec gonflement, hypotension avec risque de choc anaphylactique.
Les allergènes peuvent être respirés, injectés ou ingérés par la bouche. Dans le dernier cas, il s’agit d’allergies alimentaires, qui se manifestent par des réactions cutanées, respiratoires ou générales. Tous les aliments peuvent être concernés. Certains le sont plus fréquemment (œuf, lait, arachide…).
Le diagnostic se fait chez un allergologue (test cutané) ou au laboratoire (prise de sang). L’éviction des aliments en cause évite la survenue de réactions. La majorité des allergies de l’enfant disparaissent spontanément avec le temps. D’autres peuvent persister, notamment celle à l’arachide, ou celles qui apparaissent à l’âge adulte..

❏ VRAI
Il est possible de mourir d’une crise allergie alimentaire. Cela peut en effet arriver après un choc anaphylactique, observé avec certains aliments (arachide, moutarde, blanc d’œuf, céleri…)
De simples traces d’aliments peuvent déclencher une crise. Cela pose un vrai problème pour les produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Ils peuvent être exempts d’un aliment allergisant dans leur composition (arachide par ex), et en contenir des traces du fait de la contamination dans la chaîne de production.
La désensibilisation progressive est un moyen de guérison durable. Oui, mais dans certains cas seulement, et après un traitement de plusieurs années.

❏ FAUX
Les tests de diagnostic d’allergie sont fiables à 100 %. Ils le sont dans une grande majorité des cas, mais il y a quelques exceptions. Il est possible d’avoir un test de labo positif et ne jamais faire de crises. Il est possible aussi d’avoir un test cutané et/ou de laboratoire négatif pour un aliment, et cependant faire une réaction de type allergique avec cet aliment.
L’allergie est une maladie génétique. Il y a certes une forte corrélation avec la situation des parents, mais pas uniquement. On peut observer des enfants allergiques alors qu’aucun des parents ne l’a été, et inversement. L’augmentation de l’incidence des allergies alimentaires, alors que la génétique évolue peu, confirme l’influence d’autres facteurs, liés au mode de vie.

❏ INDÉTERMINÉ
Il est possible de guérir des allergies en dehors de la désensibilisation. Des améliorations suite à une optimisation de la santé de l’écosystème digestif, à une désensibilisation énergétique (NAET) ou à une déprogrammation psychique (PNL, hypnose), ont été observées. Il existe aussi des témoignages de guérisons durables. Aucune évaluation contrôlée n’existant à ce jour, il est difficile de savoir ce qui est reproductible ou non dans ces observations.

B) MALADIE COELIAQUE
La maladie cœliaque est une intolérance avec un mécanisme très spécifique : auto-immun et lié à la présence de prolamines contenues dans le gluten de certaines céréales (blé, orge, seigle). La digestion incomplète du gluten conduit à des résidus qui se couplent à une enzyme des cellules intestinales, la transglutaminase. Le composé hybride formé est reconnu comme étranger et déclenche une réaction du système immunitaire, qui neutralise le complexe, mais aussi l’enzyme. Il en résulte des lésions de la muqueuse intestinale qui s’enflamme et s’atrophie. Le diagnostic se fait par la biologie (prise de sang) et la biopsie (fibroscopie).

❏ VRAI
Le régime sans gluten pour la maladie cœliaque doit être strict, comme pour une allergie. En effet, de simples traces liées à une contamination dans la chaîne de production agroalimentaire peuvent suffire à réveiller les symptômes.
Il y a une prédisposition génétique à la maladie cœliaque et non une détermination. La grande majorité des malades (90 %) ont un génotype HLA DQ2. Les autres portent le gène DQ8, ou certaines configurations proches du DQ2. Ces configurations sont fréquentes, environ 1/3 de la population. La majorité de porteurs ne fait cependant pas de maladie cœliaque.

❏ FAUX
Une personne cœliaque suivant un régime adapté réagit immédiatement après consommation d’une trace de gluten.
Elle réagit, oui, mais seulement au bout de 1 à 2 jours, le temps que le mécanisme auto-immun se remette en route.
La maladie cœliaque guérit avec le temps si l’éviction est respectée. Malheureusement, cela n’a pas encore décrit à ce jour. L’éviction préconisée doit être définitive pour en conserver les bénéfices !

❏ INDÉTERMINÉ
Les malades cœliaques peuvent-ils consommer sans risque des blés anciens, notamment le petit épeautre ? Il n’y a aucune donnée fiable à ce sujet, faute d’essais bien conduits. Il faudrait dans un premier temps que ces céréales soient exemptes de toute contamination par du blé, de l’orge ou du seigle lors de la mouture, du transport ou du conditionnement. Alors que l’avoine ainsi exempte de contamination semble consommable lors de la maladie cœliaque, aucune observation suivie ne permet de se prononcer pour les blés anciens, ni dans un sens favorable, ni dans un sens défavorable.

C. SEIPA (Syndrome d’entérocolite induit par les protéines alimentaires)
Intolérance qui se traduit essentiellement par des signes digestif (vomissement diarrhées) dans les heures suivant l’ingestion d’un aliment concerné
Le lait est le plus souvent en cause. De nombreux autres aliments peuvent être impliqués (y compris en passant par le lait maternel). Plusieurs peuvent être associés.
Il se rencontre essentiellement chez le nourrisson, exceptionnellement chez l’adulte (associée au poisson)
Le mécanisme n’est pas connu. On suppose une sécrétion inappropriée de cytokines inflammatoires à l’origine d’une agression de la muqueuse intestinale avec accroissement de la perméabilité et prolifération de polynucléaires.
Il n’y a pas de marqueur biologique. Diagnostic clinique confirmé si besoin par un test de provocation sous contrôle médical. La réaction attendue est un vomissement dans les heures qui suivent l’ingestion.
La reconnaissance de cette forme d’intolérance a permis de mettre en cause le lait de vache u d’autres aliments même si les tests allergiques sont négatifs, ce qui peut mettre fin à des vomissements qui compromettent la croissance de l’enfant

D) INTOLÉRANCE NON ALLERGIQUE ET NON CŒLIAQUE AUX PROTÉINES
Plusieurs observations de manifestations d’intolérance au lait ou aux céréales contenant du gluten, en excluant une allergie et dans le cas du blé une maladie cœliaque, ont été publiées en introduisant la notion d’intolérance non allergique aux protéines laitières et de sensibilité non cœliaque au gluten. Le diagnostic se fait par un test convaincant d’éviction suivi de réintroduction, avec des résultats négatifs pour l’allergie vraie et pour la maladie cœliaque. Ces intolérances auraient selon les auteurs une incidence plutôt faible. Elles ouvrent cependant la voie à de nouveaux mécanismes.

E) INTOLÉRANCE GÉNÉRALE AUX PROTÉINES INDIGESTES
Depuis les travaux de Dohan sur le gluten, puis de Seignalet sur les céréales modernes et les produits laitiers, le principe d’une intolérance générale aux protéines difficiles à digérer a fait son chemin. Elle est devenue indissociable de l’atrophie intestinale qu’elle favorise, et serait un facteur de causalité et une solution thérapeutique pour de nombreuses maladies chroniques.
Cette forme d’intolérance aux protéines est la conséquence possible de deux mécanismes. Le premier, biologique, est l’interférence de résidus de maldigestion sur l’information cérébrale via les neuromédiateurs (en cause dans la schizophrénie, l’autisme, le TDAH…). Il est validé par la présence de peptides urinaires, témoins de l’élimination de ces résidus. Le second, immunologique, suppose une activation inflammatoire suite à la formation d’immunoglobulines G (IgG) en réponse aux propriétés antigéniques de résidus alimentaires. Il est confirmé par un test en vogue : la recherche des IgG alimentaires.
La complexité des mécanismes conduit à des effets très variables d’une personne à l’autre. Il n’y a actuellement aucune preuve par des expérimentations bien conduites sur la réalité de ces intolérances.  Il y a de ce fait une fracture entre la science médicale qui rejette leur existence (en dehors des formes évoquées au paragraphe précédent), et certaines approches de santé qui leur accordent un rôle majeur.

❏ VRAI
Les résidus de maldigestion des protéines sont des peptides qui peuvent avoir des propriétés biologiques et immunologiques. Cela est évident. Il en revanche impossible de prévoir les conséquences de ces propriétés pour une personne en particulier.
De nombreuses personnes voient leur santé s’améliorer après éviction des produits laitiers, des céréales à gluten, ou des aliments dont l’intolérance est révélée par un dosage d’IgG alimentaires. Cela ne peut être contesté. Le lien de causalité expliquant l’amélioration n’est cependant pas établi.
La mise en place non préparée d’un régime sans produits laitiers et sans gluten a parfois des conséquences néfastes sur la qualité de vie, notamment au niveau de la vie sociale. Cela peut conduire à un bilan défavorable pour la santé globale de la personne.

❏ FAUX
Les tests d’IgG alimentaires traduisent une intolérance active qui génère des phénomènes inflammatoires.
C’est une supposition dénuée de preuves. Les évaluations disponibles montrent une absence de corrélations entre les IgG alimentaires détectées et des manifestations d’intolérance [2]. Elles semblent davantage le témoin d’une digestion incomplète des protéines concernées, associées à une atrophie intestinale.
La découverte d’une intolérance non allergique et non cœliaque à certains aliments nécessite une éviction totale et définitive. C’est un postulat non fondé, qui repose sur une simple croyance confirmée par l’expérience conduite avec cette croyance. L’exigence ainsi posée comme une nécessité crée cette nécessité par la composante psychique. Il peut alors y avoir un effet nocebo lors de la reprise de l’aliment.

❏ INDÉTERMINÉ
Les peptides résiduels du gluten et de la caséine, qui pourraient activer des récepteurs morphiniques du cerveau, ont-ils une influence réelle sur les troubles neuro-fonctionnels ?
C’est une hypothèse logique, mais l’impact réel est inconnu.
Les mécanismes immunologiques qui conduisent à la formation des IgG alimentaires ont-ils un effet favorisant sur l’atrophie intestinale ? Bien que non démontré de manière probante, cela semble aujourd’hui évident. Admettre cela conduit naturellement à évincer les aliments suspects d’intolérance pendant une période de régénération intestinale (6 mois), puis à les réintroduire avec parcimonie.

Intolérances à d’autres composants des aliments

De petites structures chimiques, qui ne sont ni des glucides, ni des lipides, ni des protéines, peuvent induire des phénomènes d’intolérance, avec des mécanismes divers.

A) INTOLÉRANCE À L’HISTAMINE OU « FAUSSES ALLERGIES »
Intolérance à l’histamine ou « fausses allergies »
Dans une allergie vraie, la détection de l’allergène est suivie d’un mécanisme immunologique d’amplification de la réaction avec au final une libération importante d’histamine et des manifestations marquées.
Les « fausses allergies » sont la conséquence d’un apport direct ou indirect d’histamine par voie alimentaire, ce qui peut provoquer divers symptômes, à un niveau modéré du fait de l’absence de l’amplification. Les manifestations sont proportionnelles à la quantité d’aliments ingérés, et sont majorées si la voie métabolique de dégradation de l’histamine (par la diamine oxydase) est affaiblie ou immature, ce qui est observé chez de jeunes enfants.

❏ VRAI
Les intolérances à l’histamine de l’enfant s’améliorent généralement avec l’âge. Cela est lié au développement de la voie de dégradation de l’histamine par la diamine oxydase dont la maturation est parfois tardive.
Les boissons alcoolisées, notamment le vin, et les fromages à pâte dure sont les principaux déclencheurs de fausses allergies chez l’adulte. Ils sont en tête de la liste proposée par Reinhart Jarisch, allergologue de Vienne, spécialiste de la question.

❏ FAUX
Les fausses allergies peuvent induire des réactions graves
. Il n’a jamais été observé d’œdème de Quinck ou de choc anaphylactique. Cela se comprend du fait de l’absence de mécanisme amplificateur.

B) INTOLÉRANCE AUX SULFITES
Les sulfites sont des composés chimiques simples (SO2), contenus naturellement dans certains aliments ayant subi une transformation en vue de leur consommation ou de leur conservation. Ils sont utilisés sous diverses formes (E220 à E228), comme conservateurs dans les produits transformés. Ils préservent la couleur, prolongent la durée de vie, et empêchent la croissance de champignons ou de bactéries.
Ils sont particulièrement abondants dans les vins blanc et rosé, un peu moins dans le vin rouge. On les trouve aussi dans les fruits et légumes séchés, en conserve ou en jus. Les réactions induites par les sulfites chez les personnes sensibles sont complexes, avec plusieurs mécanismes encore mal connus. Les manifestations varient d’une personne à l’autre, et peuvent atteindre une grande intensité.

❏ VRAI
Les intolérances aux sulfites peuvent provoquer des symptômes très handicapants.
Les plus courants sont des migraines, des problèmes digestifs, des manifestations cutanées, des difficultés respiratoires. Pour les personnes concernées, il est donc essentiel d’apprendre à connaître les aliments qui en contiennent.

❏ FAUX
Il existe des vins sans sulfites. Ce sont en fait des vins sans sulfites ajoutés, qui en contiennent par conséquent moins que les vins habituels. Cependant, il y a naturellement des sulfites dans tous les vins. Il n’existe donc pas de vin sans sulfite !

Psychisme et intolérances alimentaires

L’aversion est le rejet d’un aliment suite à une réaction de dégoût à sa vue ou à son odeur. En dehors de ce mécanisme qui conduit à ne pas en consommer, le fait de se croire intolérant à un aliment peut-il générer des réactions néfastes lorsque nous sommes conscients d’en avoir consommé ?
Un tel effet nocebo est bien connu dans d’autres circonstances, notamment lorsque des champignons ont été consommés et qu’il apparaît un doute sur les conditions de leur ramassage en forêt.

Ce phénomène nocebo alimentaire a été observé lors de tests sur des personnes qui se disent intolérantes au gluten. On leur propose successivement une farine A et B, l’une contenant du gluten, l’autre pas. Ceux qui réagissent à l’une des deux farines désignent alors celle qui de leur point de vue contient du gluten. Et une forte proportion se trompe ! [3]
Cette part psychologique dans les intolérances alimentaires joue probablement un rôle important dans les réactions qui font suite à la consommation d’aliments considérés comme problématiques. C’est pourquoi il n’est pas avantageux de se considérer comme intolérant sur de simples suspicions. La réaction confirme alors la croyance, qui induit de nouvelles réactions… Au final, cela nous prive d’aliments que nous pourrions consommer.
Certains produits, comme le blé moderne, ou le lait stérilisé UHT, ont des propriétés néfastes connues. Il est donc bénéfique de les éviter. Cependant, dans un contexte de convivialité, nous pouvons être amenés à en consommer. Et il se peut dans ce cas que les conséquences sont différentes si nous nous croyons intolérants ou pas.

Quand nous pratiquons un test de dépistage des IgG alimentaires et que certains aliments apparaissent comme positifs, ce résultat ne crée-t-il pas les conditions d’une intolérance psychogène ?
La composante psychologique complique beaucoup la connaissance de la réalité biologique des intolérances. Elle est en revanche éclairante sur de nombreuses observations qui bousculent la raison.

Stratégie optimale pour éviter d’inutiles contraintes

Pour les Fodmaps, la stratégie a été décrite dans un article précédent [3].
Pour les allergies vraies (à IgE), les signes sont généralement significatifs et conduisent à faire un test spécialisé.
Pour les autres intolérances aux protéines alimentaires, la situation est plus complexe.
Les considérer comme une causalité majeure en première intention dans les pathologies chroniques est contestable pour deux raisons. D’une part il n’y a pas de fondement solide à cela. II s’agit davantage d’une croyance du thérapeute que d’une réalité avérée. D’autre part, peut-on entraîner une personne dans une éviction sévère qui va perturber sa vie familiale et sociale alors que d’autres solutions moins contraignantes qui pourraient être tout aussi efficaces n’ont pas été tentées ?
Face à une pathologie chronique, avant de considérer d’éventuelles intolérances, il serait intéressant de mettre en place, en première intention, un programme de nutrition santé sans éviction [4], associé à divers changements du mode de vie avec amélioration de l’activité physique, de la respiration, de la détente, du sommeil.
En l’absence d’amélioration suite à cette première étape, une exploration du côté des intolérances peut être conduite. Le plus économique et le plus fiable est alors de réaliser un test d’éviction : arrêt total des aliments suspects pendant 3 semaines à 3 mois, jusqu’à obtention d’une amélioration significative. Puis, réintroduction progressive des aliments concernés, un par semaine… avec observation des effets de chacun d’entre eux. L’intolérance se révèle à la réintroduction, et non à l’éviction.
Si le blé est concerné, il conviendra de faire les tests de la maladie cœliaque. S’ils sont positifs, cela nécessite une éviction totale, qui ne se justifie pas dans les autres cas. On peut penser que le gluten des blés anciens n’a pas la même agressivité sur la muqueuse intestinale que celui des blés hybrides modernes
En dehors d’une maladie cœliaque, les intolérances aux protéines alimentaires sont fortement liées à une atrophie intestinale. L’éviction totale et définitive telle que la préconisait Seignalet apporte parfois des bénéfices réels, au prix d’une contrainte qui affecte la qualité de vie. Il semble donc plus pertinent, dans un premier temps, de concevoir une cure de régénération de la muqueuse intestinale avec un protocole adéquat pendant 6 mois, suivi d’une réintroduction parcimonieuse des aliments qui ont posé problème.
Cette démarche durable peut apporter des bénéfices suffisants avec beaucoup moins de contraintes. Elle évite de porter en croyance comme une épée de Damoclès, que nous sommes intolérant à un aliment. D’autant plus que cette croyance couplée à une éviction de longue durée, nous rendra réellement intolérant, l’esprit en étant convaincu et le corps déshabitué à le tolérer.

Références

1. Les intolérances aux Fodmaps
2. Les analyses concernant les allergies et intolérances alimentaires sont largement détaillées dans le livre Biologie Médicale Intégrative
3. B. Zanini & al : Randomised clinical study: gluten challenge induces symptom recurrence in only a minority of patients who meet clinical criteria for non-coeliac gluten sensitivity – Aliment Pharmacol Ther. oct 2015, 42(8) : 968-76
4. Un concept simple et peu contraignant de nutrition santé est présenté dans le livre Nutrition Santé Essentielle

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Jacques B. Boislève

Consultant Formateur - Nutrition, psychologie et santé intégratives

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