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Table des matières

Le jeûne est pratiqué depuis des temps lointains par des traditions spirituelles, préconisé par certaines approches de santé naturelle, codifié par des cliniques spécialisées, et étudié par certains chercheurs pour améliorer les thérapies anticancéreuses.
Il est aujourd’hui connu pour ses propriétés bénéfiques aussi bien préventives, que curatives dans certaines indications. Il est considéré comme une solution majeure par certains de ses partisans, et parfois combattu comme une illusion aux effets néfastes par ceux qui n’y adhèrent pas.
Il y a désormais suffisamment de données pour se faire une idée réfléchie, et choisir d’y avoir recours ou pas.
En revanche, il est difficile de se prononcer sur l’inédie, la capacité à ne plus manger de manière durable.

Les diverses formes de jeûnes

Le sens du mot jeûner, selon le dictionnaire, est assez vaste. Il englobe toute privation ou restriction de nourriture, d’un simple repas sauté avant une prise de sang (être à jeun), à l’absence totale de nourriture pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en passant par diverses privations qui concernent certains aliments ou certains moments de la journée.
– Le jeûne total ou jeûne sec : ni aliment ni eau, est une démarche dangereuse, déconseillée parce qu’elle menace rapidement le pronostic vital. Il n’a d’ailleurs aucun intérêt, en dehors du protocole d’entrée dans la démarche « respirianiste », qui sera évoquée plus loin.
– Le jeûne hydrique consiste à ne boire que de l’eau.
– Le jeûne partiel consiste à se restreindre à certains aliments, généralement peu caloriques (fruits, légumes, bouillons, graines germées…) pour assurer un apport en micronutriments.
– Un jeûne peut être continu sur une période donnée ou intermittent (1 jour par semaine, quelques jours périodiquement…)
– La monodiète consiste à ne consommer qu’un seul aliment, pendant une durée limitée. Les plus couramment choisis sont : le raisin, la pomme, les cerises, les pêches, la carotte, le melon, le riz.

Pourquoi jeûner ?

Des motivations très diverses peuvent conduire à un jeûne.
– Le manque de nourriture, liée à la famine ou à la séquestration, est une violence subie.
– L’anorexie est une autre forme de violence privative, qui n’est pas subie par les contraintes extérieures, mais imposée par des motivations psychiques inconscientes.
– La grève de la faim, popularisée par Gandhi, est aujourd’hui pratiquée dans des contextes très divers. C’est un moyen de pression sur l’opinion pour obtenir une revendication présentée comme tellement légitime qu’elle est mise en balance avec la mort.
– Le jeûne spirituel a des objectifs divers selon les traditions : il peut être un effort demandé pour combler un manque de dévotion, ou une démarche de clarification mentale pour accroître sa conscience.
– Le jeûne préventif est une démarche choisie pour obtenir des avantages santé. De nombreux bénéfices sont ainsi recherchés : purifier son corps en activant la détoxication, mettre au repos son tube digestif pour qu’il se régénère, changer son rapport à la nourriture pour redécouvrir les goûts, sortir d’une addiction, faire une expérience de conscience accrue… La monodiète apporte le même type d’effet, avec moins d’efforts, et probablement des effets moins prononcés.
– Le jeûne thérapeutique a pour objectif de favoriser le processus de guérison. Il s’appuie sur le fait que les animaux jeûnent spontanément lorsqu’ils sont malades, sur les préconisations de certaines médecines traditionnelles ou alternatives, et sur les témoignages qui attribuent une guérison à cette pratique. Le jeûne médicalisé n’est pas autorisé en France, cela n’empêche pas les démarches volontaires, mais cela complique son encadrement. Dans d’autres pays (Allemagne, Russie), il est préconisé dans diverses indications.
– Le jeûne amaigrissant est moyen rapide de perdre du poids qui est souvent un mauvais plan : difficile à vivre dans ce contexte, et compensé dès l’abandon de la contrainte restrictive par une reprise des kilos perdus, avec au final une perte de masse maigre au profit de la masse grasse.

Effets physiologiques

Le fonctionnement métabolique de l’organisme humain nécessite un apport continu en nutriments. Lors d’insuffisance ou de retard vis-à-vis des besoins, les réserves assurent la transition. Lorsque ni les apports ni les réserves ne peuvent subvenir aux besoins, surviennent les déficiences avec des conséquences variables. À terme, la dénutrition conduit à la mort.
Les grèves de la faim observées au cours de l’histoire ont renseigné sur la durée que peut durer un jeûne avant d’entraîner la mort. Les cas des prisonniers de la prison de Cork en Irlande, en 1920, qui auraient survécu plus de 90 jours, est souvent cité, mais il est difficile à vérifier. La capacité à durer dépend beaucoup de l’organisme, de ses réserves et de son potentiel métabolique. Un repère moyen peut-être donné avec deux chiffres : 20 jours pour le début des complications et 40 jours pour le risque des conséquences graves pouvant conduire à la mort.
Lorsque les apports alimentaires cessent, l’organisme puise sur ses réserves qui, pendant 24 à 48 heures, répondent aux besoins sans différence notable avec l’alimentation. Ensuite, c’est un autre processus qui apparaît, prévu par le programme biologique, et qui se met en place naturellement. L’évolution habituelle se fait en trois phases :
❍  Phase 1 (jeûne court : 2 à 5 jours) : pendant 1 jour ou 2, le métabolisme énergétique continue à fonctionner avec du glucose, obtenu par hydrolyse du glycogène, puis par décomposition des protéines (notamment celles des muscles). Le tissu adipeux commence à fondre et apporte de l’énergie disponible pour l’activité musculaire par les acides gras.
❍  Phase 2 (jeûne prolongé : > 5 jours) : les protéines sont économisées et le manque de glucose nécessaire pour le cerveau est compensé par des corps cétoniques métabolisés à partir des acides gras.
Phase 3 (selon le niveau de réserves, en moyenne à partir de 40 jours) : quand il ne reste plus que 20% du stock lipidique, l’organisme change de programme et recommence à faire du glucose à partir des protéines. Il doit pour cela puiser dans la structure corporelle. Cette autophagie peut rapidement créer des complications.

Au cours des différentes phases de jeûne, le corps utilise ses réserves et sa structure pour subvenir à ses besoins. Les pertes sont inégales selon les éléments concernés.
• Le stock de glucides (glycogène), très faible, est rapidement épuisé.
• Lors des premiers jours, il y a une perte importante d‘eau (0,5 litre par jour), que l’on retrouve aussi dans les régimes amaigrissants avec éviction glucidique. Elle est dans ce cas responsable d’une perte rapide de poids lors des premiers jours, avec une reprise rapide au retour des glucides alimentaires.
• La fonte des protéines commence dès les premiers jours. Elle concerne alors la masse musculaire et les structures usagées. Elle devient ensuite minimale, et se réactive en phase 3, puisant alors dans la structure noble de l’organisme, d’où l’accroissement rapide des risques à ce moment-là.
• La fonte du tissu graisseux est continue, environ 300 mg par jour, et ralentit lorsque 80% du stock a été consommé.
• En situation de jeûne, l’organisme doit aussi faire face à un arrêt des apports en micronutriments, alors que ceux-ci sont habituellement renouvelés de manière continue. Peu d’études se sont intéressées à ce sujet. Certaines vitamines, notamment les B, ont de faibles réserves. Celles-ci couvrent néanmoins, en principe, les quelques semaines que peut durer un jeûne.

Pour la personne qui cesse de s’alimenter, les premiers jours sont les plus difficiles. Il y a d’abord la sensation de faim et l’habitude de manger qui se font sentir, en particulier par des manifestations bruyantes et douloureuses du tube digestif. Dès le second jour, des maux de têtes, nausées ou autres désagréments attribués à la mise en place d’une détoxication active peuvent devenir très pénibles.
Puis, avec la production abondante des corps cétoniques, en moyenne vers le 5ème jour, arrivent les effets sur le cerveau recherchés par les jeûneurs « spirituels » : augmentation de la vigilance, apaisement de la sensation de faim, effet euphorisant par le biais de stimulations hormonales. Cette nouvelle phase peut alors durer. Ce qui est le plus difficile, pour les non initiés, est la perte du repère personnel ou social que représentent les repas. L’habitude de convivialité autour de la table, ou le désir du plaisir alimentaire, davantage que la faim, conduisent à mettre fin à l’expérience.

Jeune et traditions

• La tradition juive recommande le jeûne pendant une journée au Yom Kippour, dans une démarche d’expiation pour obtenir le pardon.
• La tradition chrétienne a prévu une période de 40 jours, appelée Carême, avant Pâques, comme facteur de purification qui aide à rencontrer Dieu. En pratique, c’est un jeune partiel, qui a conduit chez les catholiques à simplement ne plus manger de viande le vendredi, qui est ainsi devenu le jour du poisson !
• Pour les musulmans, « Saoum » désigne le jeûne pratiqué durant le mois de ramadan. C’est un devoir pour tous les pratiquants, bien précisé dans le Coran. Il consiste à s’abstenir de manger, de boire, de fumer et d’avoir des relations sexuelles, depuis l’aube jusqu’au coucher du soleil. Pendant cette période de recueillement, le jeûne diurne est une occasion de partager la situation des nécessiteux.
• Pour les traditions orientales, le jeûne total ou partiel peut durer 15 à 20 jours. Il est combiné à des pratiques méditatives et à un temps pour soi. Il permet de mieux ressentir l’effet des pensées sur le corps, et de développer une expérience plus approfondie de la conscience.

Médecines naturelles

En Europe, les racines de la privation volontaire de nourriture remontent en Grèce antique avec Hippocrate qui le recommandait, et Socrate qui le pratiquait.
Au Etats-Unis, le jeûne thérapeutique a été proposé par Isaac Jennings en 1822, et formalisé au cours du XXe siècle par Shelton dans le cadre du courant hygiéniste.

La naturopathie, héritière des traditions et de l’hygiénisme, propose le jeûne comme facteur préventif de santé, favorisant la détoxication et l’assainissement digestif. Il est encadré lors de séjours, fréquemment combiné avec des randonnées. Les propositions « jeûne et randonnée » se sont multipliées ces dernières années.
Selon l’OMNES (association professionnelle de naturopathes), la naturopathie peut être amenée à préconiser la pratique du jeûne, un outil parmi beaucoup d’autres visant à la détoxication et à la revitalisation. Dans ce cadre, il n’est pas utilisé à visée thérapeutique. Cette orientation étant réservée à des centres et/ou professionnels qui accompagnent et supervisent le jeûne, après vérification des contre-indications.

Le centre le plus connu, Buchinger (1), se situe à Überlingen au bord du lac de Constance en Allemagne. Une seconde clinique s’est ouverte à Marbella, au sud de l’Espagne. Le programme de jeûne thérapeutique initié par Otto Buchinger y est proposé, avec un encadrement médical, dans un environnement de médecine intégrative. Il est régulièrement évalué et montre des résultats significatifs.
Selon Heinz Fahrner, médecin-chef durant 30 ans de la clinique d’Überlingen : « le jeûne thérapeutique est le moyen le plus puissant pour mobiliser les forces auto-guérissantes de l’être humain, aussi bien sur le plan physique que sur le plan émotionnel ».

Que dit la science ?

La science est partagée sur le jeûne, surtout en France où règne une grande frilosité à ce sujet !
Pour Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition à l’Institut Pasteur de Lille : « le jeûne existe dans les grandes traditions religieuses avec différents sens, mais n’a jamais eu de vocation purement corporelle ». Les vertus de purification et de détoxication sont couramment qualifiées de fantaisistes.
Selon un rapport INSERM publié en 2014 (2) à partir de 350 publications : « aucune donnée clinique reposant sur des essais méthodologiques rigoureux ne peut étayer aujourd’hui le bien-fondé de cette piste, qui reste donc pour l’instant essentiellement théorique. » Selon les auteurs du rapport, une seule étude a été méthodologiquement bien menée, avec un groupe témoin et une randomisation. Il s’agit d’un essai réalisé en 1991, sur 53 sujets atteints de polyarthrite rhumatoïde. Son résultat est positif : un effet bénéfique significatif a été constaté. Mais cela n’est pas jugé suffisant par les auteurs, qui reconnaissent cependant que le principe du jeûne se prête mal aux protocoles exigés par la médecine fondée sur la preuve ! Il faudrait en effet plus que de l’imagination pour expérimenter un groupe placebo qui ne jeûne pas en croyant qu’il le fait !
Le documentaire : « Le jeune, une nouvelle thérapie » (3) de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade, diffusé sur Arte en 2011 (et disponible en DVD), présente une approche plus ouverte. Il présente une étonnante recherche méconnue, effectuée sur une longue période en Russie soviétique, montrant les effets significatifs du jeûne sur de nombreuses pathologies. Les évaluations de la clinique Buchinger en Allemagne confirment cette efficacité. Les effets les plus intéressants sont constatés sur les douleurs articulaires, l’hypertension, la qualité du sommeil, l’asthme, l’eczéma, les troubles digestifs.
Plus récemment, l’équipe de Valter Longo (Université de Californie du Sud) a entrepris un programme de recherche sur les effets du jeûne face au cancer. Pour obtenir des financements, les travaux ont été orientés sur le soutien au traitement par chimiothérapie. Chez les souris, il obtient grâce au jeûne un accroissement du nombre de guérisons de 20 à 40 %, selon l’état d’avancement des tumeurs (4). Un essai effectué chez des humains en cours de traitement a montré que de brèves périodes de jeûnes avant les cures de chimiothérapie améliorent la tolérance de ces traitements lourds (6). Une piste intéressante…

Le jeune peut-il guérir ?

Il n’y a pas de preuve permettant d’affirmer que le jeûne puisse à lui seul guérir une maladie. Il faudrait pour cela entreprendre des essais que l’éthique rend difficile : comparer une population qui ne fait que jeûner à une population témoin qui ne fait rien. En revanche, les travaux effectués montrent des bénéfices évidents quand le jeûne est inclus dans un protocole thérapeutique.
Divers mécanismes peuvent expliquer les effets bénéfiques d’un jeûne : détoxication, assainissement digestif, repos métabolique… Deux hypothèses évoquent la possibilité d’une transformation guérisseuse :
• La première, évoqué par Valter Longo, est liée au stress métabolique subi par les cellules en cas de privation de nourriture. Cela les oblige à s’adapter, notamment pour entrer dans le fonctionnement du jeûne. On peut penser que ce processus adaptatif va également puiser au fond du potentiel génétique des ressources endormies qui portent un potentiel de guérison. On entre alors dans le champ de l’épigénétique.
• La seconde est intuitive. Elle part du principe que le corps est une structure protéique dont l’organisation porte les fonctions biologiques, y compris celles qui entretiennent le programme de la maladie. Lors d’un jeûne, pendant la première semaine, il y a une déstructuration de l’organisation protéique, les protéines étant sacrifiées pour fabriquer du glucose. Cette déstructuration pourrait être un préalable à une restructuration différente. Le jeûne serait alors un passage de transformation qui ouvre la porte vers un changement guérisseur.

Les données actuelles, associées aux multiples observations, sont en faveur d’un pouvoir bénéfique du jeûne. Celui-ci est cependant complexe, non prévisible, dépendant beaucoup de la pathologie, de la personne et du contexte. Dans la mesure où, si les contre-indications sont respectées, il n’y a pas d’inconvénient à effectuer un jeûne de courte durée (jusqu’à 15 jours), il est tout à fait légitime, pour celles et ceux qui le sentent juste, de le tenter. Dans ce cas, il est bien plus bénéfique de se faire accompagner, et de l’intégrer dans un programme thérapeutique global. Cela permet de l’entreprendre au meilleur moment et d’y associer des techniques de soin synergiques.

Respirianisme : mystère et polémiques

Le respirianisme définit un mode de vie qui s’est libéré de manière durable du besoin de nourriture matérielle, puisant dans l’air et la lumière ce dont l’organisme a besoin pour son fonctionnement. On parle d’inédie pour la privation de nourriture solide, d’isétie pour la privation de liquide, et de pranisme pour l’association des deux.
Contrairement au jeûne, ce n’est pas un fonctionnement sur les réserves qui se met en place, mais un programme qui n’a plus besoin de matière moléculaire pour son énergie et son renouvellement. Pour les physiologistes scientifiques, c’est tout simplement impossible. Ils n’y voient donc qu’une croyance et des stratagèmes pour faire croire que cela est vrai. Pour de nombreuses personnes qui prétendent vivre ou avoir expérimenté cet état, c’est un fait bien réel, vécu, et s’ils l’ont arrêté : c’est pour ne pas se couper du monde et retrouver le plaisir des sens et de la convivialité.
Pour un sceptique, il est facile de justifier le doute. D’une part, c’est un fonctionnement totalement irrationnel sur les bases de la science actuelle. D’autre part, les quelques expériences de surveillance rapprochée pour vérifier la réalité d’une vie sans nourriture ont échoué, ou n’ont pas respecté un protocole suffisamment rigoureux pour obtenir une validation. Pour eux, c’est évident, les respirianistes sont des fraudeurs qui se cachent pour manger.
Pour les partisans, le respirianisme est l’expression naturelle d’un potentiel lié à la nature spirituelle de l’être humain. Pas besoin d’explication dans ce cas. Si l’on devait en trouver une dans la biologie, elle passerait par un programme présent dans notre ADN et réveillé dans certains contextes. Le protocole de 21 jours proposé par Ellen Greve (Jasmuheen), avec 7 jours stricts sans aliment ni eau, pourrait être un déclencheur qui active ce programme. En créant un stress aigu sur les cellules, ces conditions extrêmes les poussent à puiser au plus profond des gènes un programme de survie. Cela suppose qu’un tel programme préexiste. Et une telle démarche implique un risque important. Plusieurs cas de mort ont été décrits pour des personnes qui tentaient ce passage.

Si le mode de vie respirianiste est réel : c’est l’un des grands mystères de ce monde. S’il n’existe pas, c’est une supercherie parmi d’autres, au service d’un idéal spiritualiste, ou d’un business personnel. Pour un observateur qui n’a d’intérêt idéologique ni pour le vrai ni pour le faux, face aux données actuelles, c’est le doute. Un doute qui ne croit pas sur de simples affirmations, et qui peut cependant rester ouvert au possible.

Peut-on vérifier le respirianisme de manière objective ? Les Saints du passé qui auraient vécu cette expérience, comme Thérèse Neumann ou Marthe Robin, n’ont laissé que les témoignages de leur entourage. Ils peuvent être vrais, ou déviés par une foi qui veut prouver quelque chose de surnaturel. La vérification ne peut donc se faire que sur des personnes encore vivantes. Et à ce jour, il n’y rien de vraiment convaincant. C’est généralement ainsi lorsque des chercheurs qui doutent fortement cherchent à vérifier un fait irrationnel en le sortant, pour les besoins de l’expérimentation, du cadre dans lequel il s’exprime habituellement. On ne sait alors si cet échec révèle une supercherie, ou si les conditions de l’expérience ont faussé une réalité sensible à certains facteurs, en la contraignant dans un contexte où elle ne peut s’exprimer (voir à ce sujet notre lettre précédente sur l’homéopathie).
• L’observation faite sur Ellen Greve, organisée sous contrôle médical par la télévision australienne, a été interrompue au bout de 4 jours. Selon les médecins, il y avait des signes inquiétants. Pour un sceptique, c’est une preuve de supercherie. Il y a pourtant des éléments qui ne concordent pas. Pourquoi cette femme qui avait tout à perdre dans cette expérience l’a-t-elle acceptée si elle est une tricheuse qui savait qu’elle serait démasquée ? Pourquoi un malaise au bout de 4 jours alors que les jeûnes habituels passent très bien une période beaucoup plus longue ?
• L’observation vidéo du yogi Prahlad Jani pendant 15 jours par une équipe médicale indienne, est présentée par les respirianistes comme une réussite. Quelques détails mettent le doute et alimentent l’argumentation des sceptiques : les sorties du yogi hors de la chambre de surveillance pendant l’expérience, l’appartenance responsable de la recherche à une courant religieux qui n’est pas neutre dans l’objectif recherché (conflit d’intérêt).

Ce qui aujourd’hui constituerait une vraie preuve est une surveillance prolongée garantissant toute fraude à la nourriture, et la découverte pendant cette période d’un mécanisme de renouvellent de la structure de l’organisme avec constatation des sorties (gaz carbonique, minéraux urinaires, desquamation, pousse de cheveux), sans entrée digestive de matière organique carbonée et de minéraux. C’est plutôt facile à mettre en œuvre. Pourquoi personne ne le fait impartialement et correctement ?
Au final, c’est le point mort : mystère et polémiques… Lorsque le sujet est présenté, c’est le plus souvent d’une manière orientée par la croyance de l’auteur (6,7).

Le jeûne, une démarche personnelle

Après cette parenthèse sur le respirianisme, qui n’est pas du jeûne, revenons à celui-ci qui n’est ni mystérieux ni polémique. C’est un phénomène aujourd’hui bien connu, avec des bénéfices sur la santé souvent observés, et de plus en plus reconnus.
Avoir recours au jeûne est une démarche personnelle, avec un objectif préventif ou curatif.
• Pour un objectif préventif : la seule précaution est de vérifier l’absence de contre indication (fatigue importante, épuisement métabolique, phase de régénération, fragilité cardiaque…) et de respecter un protocole d’entrée et de sortie, avec une période d’alimentation végétale légère dont la durée est ajustée à celle du jeûne.
• Pour un objectif curatif, c’est plus délicat en France, car il y a besoin d’un accompagnement thérapeutique et aucun cadre légal qui le permet, alors que cela peut-être une opportunité pour favoriser la guérison. Au nom de la liberté individuelle, toute personne qui le choisit consciemment peut y avoir recours. Elle doit alors tracer seule son chemin. Il existe des cliniques spécialisées en Allemagne, Espagne, et Russie (8).

RÉFÉRENCES

  1. Cliniques Buchinger
  2. Rapport INSERM
  3. Le jeûne : une nouvelle thérapie
  4. Changhan Lee & al : Fasting Cycles Retard Growth of Tumors and Sensitize a Range of Cancer Cell Types to Chemotherapy – Science Translational Medicine  février 2012 –  Résumé en ligne
  5. Lizzia Raffaghello & al : Fasting and differential chemotherapy protection in patients – Cell Cycle. 2010, 9(22) : 4474-76. Résumé en ligne  
  6. Site du pranisme
  7. Les sceptiques du Québec
  8. Cliniques de jeunes thérapeutiques en Allemagne, Espagne, Russie
Jacques B. Boislève
Jacques B. Boislève

Consultant Formateur - Nutrition, psychologie et santé intégratives

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