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Sommaire

Les champignons sont végétaux non chlorophylliens. Il en existe des macroscopiques (comestibles ou vénéneux) et des microscopiques, dont certains sont impliqués en pathologie humaine. Parmi ces derniers, Candida albicans est le plus souvent retrouvé.

Pourquoi est-il inadéquat de parler de "la candidose" ?

Les Candida sont des champignons microscopiques qui se présentent spontanément sous forme de levure. Il existe de nombreuses espèces. Candida albicans est la plus fréquemment impliquée en pathologie, parce qu’elle possède des facteurs de pathogénicité spécifique.
Une candidose est une infection dont l’agent responsable est un Candida. Or, il existe plusieurs espèces de Candida avec des propriétés différentes, plusieurs localisations de l’infection, et plusieurs formes de maladie. C’est pourquoi évoquer la candidose comme une maladie générale qui englobe toutes les manifestations crée de la confusion. Certaines formes de candidose sont très bien définies et reconnues par la science médicale, alors que « la candidose », présentée dans de nombreux ouvrages et articles, est une entité aux contours mal définis et non reconnue à ce jour par la médecine universitaire.
En biologie, on considère trois situations dans lesquelles un champignon du genre Candida peut se trouver dans un organisme vivant [1]:
– Le saprophytisme : le champignon se trouve alors sous forme de blastospore (forme levure ovalaire) et il vit en équilibre avec la flore locale, sans générer de perturbation.
– La colonisation : le champignon est encore sous forme de blastospore et il se multiplie, parce que les conditions locales du milieu le permettent. Les signes éventuellement observés sont alors principalement liés à la modification de terrain. La prolifération de Candida est plutôt une conséquence et un révélateur.
– Le parasitisme : le champignon, indépendamment du niveau de prolifération, change de forme et devient filamenteux. Il développe alors des caractères pathogènes lui permettant d’adhérer aux parois, d’envahir les tissus, ce qui génère une réaction inflammatoire de l’organisme. A stade-là, il est logique de parler de candidose. Le parasitisme, qui est le véritable facteur de pathologie, n’est pas une conséquence obligatoire de la prolifération. Il est lié à des facteurs exogènes et/ou endogènes qui le favorisent, et qui sont très mal connus.
Une candidose peut se développer dans trois contextes :
Candidose systémique : dans une situation d’immunodépression marquée, une espèce de Candida prolifère dans l’organisme, entre dans la circulation sanguine, et peut envahir divers organes.
Candidose muqueuse : infection due à Candida albicans dans un compartiment biologique où il est naturellement présent à l’état saprophyte (tube digestif, sphère génitale), indépendamment d’un déficit immunitaire, suite à l’installation d’un climat local favorable à la prolifération et au parasitisme. C’est une infection de type aigu, qui se localise généralement au niveau de la bouche (muguet), de l’œsophage ou du vagin (candidose vaginale).
Candidose cutanée : infection à Candida albicans au niveau de la peau où il est naturellement absent, suite à des conditions permettant sa prolifération et le parasitisme.
➔ Dans toutes ces situations, le diagnostic est fondé sur trois éléments : l’observation de signes cliniques ou de lésions évocateurs d’une prolifération microbienne, l’examen biologique révélant la présence ou la quantité anormale de levure ou la présence de filament conduisant à l’identification d’un Candida, et l’amélioration par le traitement antifungique.
Les candidoses sont donc des infections aiguës ou subaiguës, facilement récidivantes. Elles ne sont pas considérées comme chroniques, sauf dans certains contextes spécifiques de déficience immunitaire. 

D'où vient le concept de candidose digestive chronique (CDC)?

La candidose évoquée dans les approches alternatives de santé considère la prolifération sous forme parasitaire de Candida albicans dans les intestins comme responsable de conséquences directes ou indirectes sur un grand nombre de fonctions biologiques. Cette manifestation aux effets insidieux et durables ne correspond à aucune forme de candidose connue en médecine. C’est pourquoi il est préférable de parler de candidose digestive chronique (CDC).
Cette pathologie nouvelle a été proposée aux USA par Orian Truss en 1982 [2] et William G. Crook en 1983 [3], puis introduite en Europe par Philippe G. Besson en 1994 [4].
La CDC est décrite comme un syndrome général de fatigue associée à d’autres signes peu spécifiques, pour lequel aucune cause n’est retrouvée. L’hypothèse émise est que la prolifération de Candida dans les intestins sous une forme filamenteuse, favorisée par divers facteurs, est la cause de l’ensemble des manifestations. Les différents signes observés sont la conséquence de l’envahissement de la muqueuse digestive favorisant son inflammation et sa porosité, de la production de toxines, et de la perturbation du système immunitaire.
Dans la confusion qui s’est instaurée entre la candidose classiquement connue en médecine et la CDC, il est souvent évoqué que les formes muqueuses (buccales, vaginales, cutanée) ne sont qu’une manifestation de la forme générale chronique. Les deux peuvent en effet être associées. Il n’y a cependant pas de lien de causalité directe. Chaque forme localisée est liée à des conditions favorisant le parasitisme dans la zone infectée, et chaque zone concernée est sensible à des facteurs spécifiques, certains étant probablement communs. La muqueuse digestive, de ce point de vue, est une localisation parmi les autres.
En clair, les candidoses systémiques et locales (cutanéo-muqueuses) sont des infections aiguës ou subaiguës parfaitement définies, et la candidose digestive chronique est une hypothèse expliquant un syndrome général chronique.

Quelles sont les manifestations ?

Le syndrome CDC contient classiquement plusieurs manifestations parmi les neuf suivantes :
Fatigue chronique, progressive et inexpliquée
Troubles intestinaux se rapprochant du syndrome de l’intestin irritable, avec notamment des ballonnements déclenchés par les repas, une satiété qui peut se manifester dès les premières bouchées, et des démangeaisons anales survenant préférentiellement le soir.
Troubles de l’équilibre pondéral, avec prise de poids, incapacité à en perdre, ou fluctuations pondérales inexplicables.
Intolérances multiples : apparition ou aggravation d’allergies ou d’intolérances alimentaires, intolérances aux produits chimiques (parfums, ambiances polluées etc.).
Troubles du comportement alimentaire, notamment des pulsions sucrées.
Troubles du système nerveux : perturbation du sommeil, difficulté de concentration, tendance dépressive.
Troubles hormonaux chez la femme, notamment apparition ou aggravation d’un syndrome prémenstruel.
Dérèglement immunitaire, avec une sensibilité plus marquée aux infections et le risque accru de développement d’un processus auto-immuns.
Douleurs articulaires

Quelles sont les causes ?

La CDC est polyfactorielle. Elle se développe sur un terrain constitutif favorable (facteur endogène). Elle est facilitée par divers facteurs exogènes liés à l’histoire personnelle.

Trois facteurs principaux ont été identifiés :
– Les traitements antibiotiques à large spectre, qui détériorent la flore intestinale, surtout s’ils ont été répétés ou de longue durée.
– Une imprégnation œstrogénique accrue chez la femme, liée aux grossesses ou aux traitements hormonaux, notamment la contraception orale (pilule).
– La consommation abondante de glucides et plus particulièrement d’aliments à index glycémique élevé.

Comment diagnostiquer une candidose digestive chronique

Il existe diverses manières de diagnostiquer une candidose digestive chronique. Aucune ne permet d’apporter une réponse claire et définitive.
– L’anamnèse. C’est la méthode la plus simple. Le diagnostic est posé lorsqu’il y a conjonction entre les signes du syndrome et les facteurs de risque. Il est évidemment très subjectif, car aucun signe n’est spécifique. Il peut être attribué ou non pour une même personne par deux praticiens différents. L’importance que donne le praticien à la CDC dans sa croyance personnelle est déterminante sur le résultat.
– Les questionnaires. Il en existe plusieurs, dont ceux de Crook et de Besson. La réponse à diverses questions sur les facteurs de causalité et les manifestations conduit à un score, interprété en fonction d’une grille. La démarche est plus rigoureuse qu’une simple anamnèse dont l’interprétation est influencée par le sentiment du praticien. Elle reste néanmoins subjective du fait de la prise en compte de signes non spécifiques, et de l’absence de test de référence par rapport auquel un seuil de positivité dans le score pourrait être fixé.
– Numération des levures dans les selles. La simple recherche de Candida albicans dans les selles (avec une réponse positive ou négative) est sans intérêt, puisque le champignon est un saprophyte habituel de la flore intestinale. La numération est plus précise et peut révéler une prolifération. Cependant, une prolifération ne conduit pas forcément au parasitisme (passage à la forme filament), et peut être le simple témoin d’une perturbation transitoire de flore, notamment suite à un traitement antibiotique. D’autre part, une faible quantité de levure n’exclut pas un parasitisme actif. Ce n’est donc pas une méthode intéressante !
– Test salivaire. Il consiste simplement à cracher dans un verre d’eau et observer comment la salive se dépose au fond du liquide [5]. Un filament épais qui tombe rapidement au fond du verre est en faveur d’une candidose. Ce test empirique proposé dans les mêmes termes par divers sites internet (qui probablement se recopient…) ne repose ni sur une référence fiable, ni sur des données vérifiables.
– Dosage de métabolites organiques urinaires. Cet examen réalisé en laboratoire sur un prélèvement urinaire dose certaines substances produites par la flore digestive, et qui passent dans la circulation sanguine avant d’être éliminées par le rein. En théorie, la quantité dosée reflète l’importance des bactéries ou champignons qui les produisent dans les intestins. Ainsi, une quantité notable de tartrate, de citramalate et surtout de D-Arabinitol est en faveur d’une prolifération de Candida [6]. La fiabilité du test dépend du fait que les métabolites dosés ont bien été produits par des Candida (et non d’autres micro-organismes) et que ceux-ci ont dans ce cas un comportement parasite pathogène, ce qui n’est pas établi.
– Tests sanguins d’immunité humorale. Il s’agit de rechercher dans le sang soit des antigènes qui marquent la présence de Candida, soit des anticorps qui signent la réaction du système immunitaire à ce champignon. Ces tests sont avant tout prévus pour diagnostiquer les candidoses systémiques. Il n’y a à priori pas lien établi avec un parasitisme intestinal chronique. Le test américain Candia 5 recherche des anticorps de 5 espèces de levure, dont Candida albicans. Il peut être réalisé en auto-test à partir de sang capillaire prélevé au bout du doigt. Il n’y a pas de signification claire à sa positivité et à sa négativité.  
– Tests sanguins d’immunité cellulaire : test cutané à la candidine, test MELISA ou test d’activation lymphocytaire (TAL). La positivité signe une allergie retardée de type IV. La signification reste mal connue. Elle indique toutefois que le système immunitaire a mémorisé les Candida comme quelque chose qui pose problème à l’organisme. C’est en cela que l’on peut considérer aujourd’hui ce test comme le plus significatif. Le TAL a été évalué dans les hôpitaux de Lyon chez des sujets atteints de fatigue chronique [7].

Quelle est la fréquence ?

Certaines sources avancent que 80 millions d’Américains seraient concernés, soit 25% de la population ! On trouve selon les auteurs des chiffres variables. En fait, il n’y a aucune donnée fiable parce qu’il n’y a ni critère précis de définition et de diagnostic, ni étude épidémiologique sérieuse.
Tout le monde porte des Candida albicans. Entre un portage saprophyte qui ne pose aucun problème et un parasitisme envahissant, il y a tous les stades intermédiaires et aucun moyen d’évaluer précisément à partir de quel seuil le champignon est un problème pour une personne donnée. Le diagnostic est donc subjectif. Indiquer une fréquence ne peut être que la généralisation d’une approximation.

Quel est le traitement le plus efficace ?

Les traitements proposés pour traiter la CDC, au-delà de variantes dans leur protocole, reposent sur deux principes qui doivent être associés : modifier le terrain avec un régime restrictif et réduire le nombre de Candida avec des traitements antifungiques adaptés.
Le régime alimentaire anti-candida tend à éliminer tout ce qui peut favoriser la croissance des levures dans le tube digestif et la stimulation immunitaire par des antigènes fungiques. Les glucides doivent être globalement réduits, et ceux qui ont un index glycémique élevé (produits sucrés, céréales raffinées, pomme de terre) doivent être bannis. L’alcool, les produits fermentés, les produits laitiers, et touts les aliments qui peuvent être contaminés par des levures ou moisissures doivent être évités.
– Le traitement visant à éliminer les Candida peut utiliser des médicaments antifungiques. Ce sont généralement des antiseptiques naturels qui sont préconisés : extrait de pépin de pamplemousse, huiles essentielles, ail, lapacho, etc. Des probiotiques sont régulièrement associés pour saturer la flore intestinale de bactéries bénéfiques, afin de laisser un minimum de place au Candida.
La cure est proposée pour une durée 6 mois. Après cela, le maintien du bénéfice obtenu nécessite un mode de vie qui limite au maximum les facteurs favorisants, notamment la consommation de produits sucrés.

La CDC est-elle est un problème de microbe ou de terrain ?

Tous les éléments dont nous disposons actuellement sur la CDC montrent l’importance du terrain. Candida albicans est présent dans tous les organismes, et c’est bien un terrain particulier entretenu par une alimentation sucrée et des coups régulièrement portés à l’intégrité de la flore intestinale qui favorise sa prolifération digestive. D’autres facteurs, non identifiés, peuvent induire le passage à l’état de parasitisme invasif.
En toute logique, la solution devrait être une solution de terrain. Or, de nombreux articles et ouvrages sur la CDC, présentent Candida albicans comme un ennemi à combattre, parfois par des auteurs qui soulignent par ailleurs que « le microbe n’est rien, le terrain est tout ». Ce manque de cohérence révèle une attitude plus passionnelle que rigoureuse vis-à-vis d’un problème bien réel, mais qui est sans doute plus complexe que la simple pathogénicité d’un champignon.
La candidose est parfois appelée maladie du sucre. On sait aujourd’hui à quel point la consommation de produits à index glycémique élevé est un facteur majeur de détérioration de la santé. Qui du sucre ou des Candida est le principal problème ?

Pourquoi un traitement bien conduit est-il régulièrement efficace ?

La cure anti-candida, lorsque sa contrainte n’est pas un frein au suivi, donne de bons résultats, parfois spectaculaires. Cela est parfois considéré comme une preuve de la réalité de la CDC, ce qui est un raccourci de logique guidé par la croyance.
Le traitement proposé après un diagnostic de candidose vise à détruire les levures et installer un climat intestinal défavorable à leur développement.
Le même traitement proposé dans une démarche de santé globale vise à réduire la part de glucides à index glycémique élevé, reconnus comme néfastes, et à assainir la flore intestinale dont on connaît le rôle majeur sur le bon déroulement de nombreux processus biologiques, notamment la fonction immunitaire. Il est donc logique qu’une telle démarche ait un effet bénéfique pour toutes les personnes qui ont une alimentation sucrée et/ou une dysbiose intestinale, avec ou sans Candida.

Est-il utile ou néfaste ou diagnostiquer une candidose digestive chronique ?

La candidose digestive chronique est une maladie dont le diagnostic est subjectif, c’est-à-dire fondé sur la croyance de celui qui le pose. Il est impossible de prouver que ce diagnostic est juste, ni qu’il est faux. Il est une interprétation qui conduit à une solution. C’est donc avant tout un diagnostic de solution.
Pourquoi se poser une telle question si au final la solution marche ? Parce que dans certains cas, elle ne fonctionne pas, soit parce que la personne n’est pas en mesure de suivre le protocole, ou pire pour elle, le protocole bien suivi n’a pas les effets attendus. Dans les deux cas, la personne en échec porte en elle une maladie, la candidose digestive chronique, dont la réalité est difficile à cerner, et qui n’était pas un problème pour elle avant que le diagnostic lui soit donné.
Cela pose avant tout la question de la responsabilité face à un diagnostic donné. Lorsqu’une personne est diagnostiquée porteuse d’une candidose digestive chronique, il est probable que cette empreinte va s’enraciner en elle. Elle va se renseigner, faire des recherches, et découvrir que sans un protocole draconien, elle ne pourra pas en sortir. Et si elle ne peut pas, pour diverses raisons, suivre ce protocole ou s’il est échoue, elle sera porteuse pour le reste de son existence d’une maladie incurable pour elle. Est-ce lui rendre service ?

Se poser la question de l’utilité du diagnostic de CDC ne veut pas dire négliger tous les signes qui peuvent conduire à ce diagnostic. Il s’agit simplement de prendre conscience que dans les syndromes à causalité complexe, il n’y a pas de liens de certitude entre les solutions proposées et les causes suspectées. L’idéal n’est-il pas de proposer la meilleure solution sans créer de nouveau problème ? Optimiser les glucides alimentaires et assainir la flore intestinale est un excellent programme d’amélioration de la santé et de stimulation des forces d’autoguérison. Dans cet objectif-là, il n’y a que des bénéfices, et une application du principe : «  Primum non nocere » (d’abord ne pas nuire)…

Références

  1. Candidoses cutanéo-muqueuse 
  2. Orian Truss : The Missing diagnosis, USA 1982
  3. William G. Crook : The yeast connection : a medical breakthrough, USA 1983
  4. Philippe G. Besson : Je me sens mal mais je ne sais pas pourquoi, Éditions Jouvence,1994
  5. Test salivaire candidose
  6. Métabolites organiques urinaires
  7. Test d’activation lymphocytaire appliqué à Candida albicans
Jacques B. Boislève
Jacques B. Boislève

Consultant-Formateur - Nutrition psychologie et santé intégratives

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