Les jus de fruits et de légumes, une fausse bonne idée ?

Les jus de fruits et de légumes préparés chez soi juste avant d’être consommé ont un intérêt évident, ils apportent des quantités notables de vitamines, minéraux et antioxydants sous des formes naturelles assimilables. Ils s’opposent à cela aux compléments alimentaires qui sont des produits ultra-transformés, dépourvus de trame vivante et avec des proportions démesurées entre les nutriments ce qui ne permet pas une assimilation digestive et cellulaire optimale.
Ils ont été mis en avant pour cela par certains courants de la naturopathie, avec l’appui publicitaire des industriels qui commercialisent des extracteurs.
Ils ne sont cependant pas dépourvus d’inconvénients.

On savait déjà, concernant les fruits, que le jus dépourvu de fibres a un index glycémique plus élevé que le fruit entier, ce qui abaisse sa qualité nutritionnelle.

Une recherche effectuée à l’université de Northwestern (USA) a montré que la consommation exclusive de jus pendant trois jours conduisait à une modification notable du microbiote buccal, avec une composition favorisant l’inflammation et la perméabilité intestinale [1]. Cet effet est explicable par le manque de fibres et l’apport plus important de sucre directement disponible.
La modification a été observée au niveau du microbiote buccal, qui se révèle sensible à la qualité des apports alimentaires. Le microbiote buccal protège contre les bactéries pathogènes, favorise la digestion, soutient l’immunité. Son rôle dans la santé globale est aujourd’hui reconnu. Un déséquilibre peut avoir des conséquences bucco-dentaires ou générales.
La modification n’était pas significative au niveau du microbiote intestinal, dont la composition est plus stable. Il n’est donc pas possible à ce stage de savoir s’il y a ou non un impact sur ce microbiote et au bout de combien de temps, même si cela semble logique au vu de ces premiers résultats.

Références :
1. Savo Sardaro & al. : Effects of Vegetable and Fruit Juicing on Gut and Oral Microbiome Composition. Nutrients 2025. 17(3), 458

Le lien entre microbiote intestinal et troubles anxio-dépressifs

Un lien de corrélation entre la qualité du microbiote et la présence de troubles anxio-dépressifs est désormais établi. Il s’explique notamment par le rôle de ce microbiote sur le niveau inflammatoire de bas grade et la capacité de synthèse de certains neuromédiateurs.

Trois études publiées ces deux dernières années apportent des éclairages intéressants sur ce lien.
– Une revue de travaux parue en 2025 (1) a exploré les altérations du microbiote intestinal chez les personnes souffrant de troubles anxieux et examine les effets thérapeutiques potentiels des probiotiques. Elle en conclut que les personnes atteintes de troubles anxio-dépressifs présentent souvent des altérations du microbiote intestinal, (diversité microbienne réduite niveau plus faible de bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte). Les cures de probiotiques, notamment du genre Lactobacillus, peuvent avoir une action bénéfique modérée.
– Une étude parue en 2023 (2) sur une cinquantaine de sujets a comparé des analyses poussées du microbiote dans les échantillons fécaux (31 sujets atteints de trouble d’anxiété sociale et 18 témoins). La composition globale du microbiote et sa diversité se sont révélées différentes entre les 2 groupes et des différences significatives ont été observées sur certaines espèces. Un approfondissement intéressant a montré que les différences significatives étaient constantes, quels que soit l’alimentation, l’activité physique et l’indice de masse corporelle, ce qui questionne sur le lien entre ces facteurs de santé générale et l’anxiété, qu’ils ne semblent pas modifier. Le microbiote individuel de la personne et une influence possible des troubles psychiques sur ce microbiote seraient d’autres explications possibles du lien de corrélation observé.
– Une autre étude parue en 2023 souligne les liens significatifs entre trouble anxio-dépressifs et microbiote intestinal et analyse l’intérêt des méthodes capables d’influencer ce microbiote : nutrition, micronutrition, pré et probiotiques, transplantation fécale. Cet intérêt reste théorique puisqu’il existe peu recherches précliniques et cliniques publiées sur l’efficacité et la fiabilité de ces diverses approches thérapeutiques.

Que conclure de tout cela ?
Le lien de corrélation entre microbiote intestinal et troubles anxio-dépressifs n’indique pas le sens de la causalité. Est-ce le microbiote qui favorise l’anxiété et les processus psychiques qui modifie le microbiote ?
Actuellement, rien ne montre que les divers changements de mode de vie pouvant optimiser le microbiote améliorent significative l’anxiété. Il est donc illusoire d’attendre des résultats en se reposant sur cette seule voie thérapeutique.
En revanche, il est clair qu’une amélioration de certains facteurs du mode de vie (alimentation, activité physique, niveau de détente, sommeil, vie sociale) a des effets majeurs sur la santé générale et donc, au moins indirectement, sur les troubles anxio-dépressifs.
Une approche psycho-santé intégrative inclura autant que possible ces facteurs, mais s’appuiera avant tout sur les méthodes de psychothérapie qui agissent directement sur l’anxiété et la dépression, selon le trouble spécifique du sujet et selon sa personnalité.

Références
1.Kamil Nikel& al : The Impact of Gut Microbiota on the Development of Anxiety Symptoms – A Narrative Review – Nutrients 2025, 17(6) : p. 933
2. Mary I. Butler & al : The gut microbiome in social anxiety disorder: evidence of altered composition and function – Translational Psychiatry 2023, 13, Article n° 95
3. Akash Kumar & al : Gut Microbiota in Anxiety and Depression: Unveiling the Relationships and Management Options – Pharmaceuticals (Basel), 2023, 9,16(4) : p. 565.

Modification du microbiote intestinal par l’alimentation

Nous savons que le microbiote intestinal est individuel, que sa base pérenne se structure au cours de la petite enfance, en fonction des conditions de naissance, d’allaitement et de la diversité alimentaire. Il est altéré par les gastro-entérites et les cures d’antibiotiques à large spectre, À l’âge adulte, il est toujours sensible aux antibiotiques et aux diarrhées. Il se maintient ou se dégrade selon la qualité de l’alimentation. Les facteurs favorables ou défavorables à la santé générale sont complexes, le facteur favorable le plus constant est la diversité des espèces qui le composent.
La recherche effectuée par l’équipe de Frédéric Raymond (Université de Laval – Québec) sur 21 sujets en alternant l’alimentation canadienne courante et le régime méditerranéen a montré qu’en 48 h, des modifications quantifiables du microbiote intestinal étaient mesurables lors du passage au régime méditerranéen. Il ne s’agit pas d’un remodelage majeur du microbiote intestinal, mais d’une augmentation substantielle de plusieurs espèces présentes en faible abondance, avec des conséquences sur les métabolites produits, notamment les acides gras à courte chaîne nécessaires à la santé du côlon. Les changements étaient d’autant plus importants que le microbiote de départ était peu diversifié, et à l’inverse le retour ponctuel à une alimentation moins favorable a peu de conséquences sur un microbiote déjà diversifié.
Cela nous confirme deux tendances déjà supposées de l’alimentation santé :
– Quand les habitudes alimentaires sont loin des critères favorables, l’amélioration des conditions d’une meilleure santé par le changement nutritionnel est rapide, et il n’est jamais trop tard.
– Quand une nutrition santé est déjà en place depuis un certain temps, les écarts ont peu d’effet, ce qui permet de ne pas sacrifier le plaisir et la vie sociale.

Référence :
Isabelle Bourdeau-Julien & al : The diet rapidly and differentially affects the gut microbiota and host lipid mediators in a healthy population – Microbiome 2023, 11 : 26